Un débat s’est engagé entre économistes dans ces colonnes concernant les performances relatives des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE). Gabriel Zucman affirme, le 17 décembre 2025, que l’UE n’a pas « décroché » ; François Bourguignon répond, le 23 décembre 2025, que « le cœur de l’Europe s’appauvrit d’année en année » : ce sont surtout les économies des Etats membres les plus récents qui ont continué à croître à un rythme important.
Comparer l’UE et les Etats-Unis se heurte à deux limites. D’une part, ces deux ensembles présentent des modèles socio-économiques très différents : les dépenses publiques sont nettement plus élevées au sein de l’UE – 49,2 % du produit intérieur brut (PIB) pour seulement 39,1 % aux Etats-Unis – et les inégalités sont bien plus élevées aux Etats-Unis. Surtout, une grande partie des choix économiques et sociaux au sein de l’Europe relève encore des Etats membres (politique budgétaire et fiscale, protection sociale, système d’éducation etc.).
Il faut donc s’intéresser aussi aux différences qui existent entre les Etats de l’Union eux-mêmes, et qui ne tiennent pas uniquement au rattrapage dont ont bénéficié les membres récents de l’est du continent. Certains membres plus anciens ont en réalité tiré davantage leur épingle du jeu que les autres, en matière de PIB par habitant, de productivité horaire globale, d’émissions de CO2, ou d’inégalités.
Au début des années 1990, les performances économiques des pays d’Europe de l’Ouest étaient relativement homogènes et proches de celles des Etats-Unis. Une trentaine d’années plus tard, l’écart entre les Etats-Unis et l’Union européenne s’est creusé, mais ce qui est peut-être plus intéressant, c’est de constater qu’une nette divergence est apparue au sein des pays de l’Europe de l’Ouest eux-mêmes.
Deux groupes se détachent notamment. Dans le premier (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Pays-Bas, Suède), les performances ont globalement suivi celles des Etats-Unis : le PIB par habitant (corrigé de l’inflation et des différences de niveau de vie) atteint un niveau comparable à celui des Etats-Unis et il a, dans la plupart des cas, augmenté de 50 % à 60 % depuis 1990 (et même de 65 % aux Pays-Bas !), ce qui est proche de la performance américaine (+ 70 %).