Antoine (prénom modifié), 20 ans, sort du travail un soir de semaine. Il habite à Paris, dans le 4e arrondissement. Avec un ami, il prend le RER A, puis le RER E. Il descend à la gare de Gretz-Armainvilliers, une commune de Seine-et-Marne. Après vingt minutes de marche, les deux jeunes hommes arrivent aux abords d’un château du XIIe siècle, ancienne propriété du roi du Maroc, repérée préalablement sur Google Maps. Habillés en jean et sweat à capuche, ils s’introduisent dans les jardins de la luxueuse demeure. Mais ils n’ont pas rendez-vous pour une visite touristique ou immobilière. Les acolytes se dirigent plutôt vers l’étang du domaine. Après s’être assurés que personne ne les surveillait, ils sortent leurs cannes à pêche et les plongent dans l’eau. « C’est un peu comme si on pêchait dans les jardins de Versailles. »
Antoine pratique le « gangsta fishing ». Une activité qui consiste à s’introduire illégalement dans des propriétés privées pour pêcher dans un plan d’eau à la campagne. Ou, dans sa variante urbaine, à appâter des poissons carnassiers en pleine ville en prenant quelques libertés avec la réglementation : pêcher la nuit ou dans des lieux interdits au public. « On fait du gangsta fishing, mais nous ne sommes pas des gangsters. On ne se prend pas trop au sérieux. C’est un nom ironique », se défend Kirby, pêcheur parisien de 44 ans, qui a requis l’anonymat.