Si les Etats-Unis le fascinaient, François Mitterrand, en bon homme de gauche, n’en était pas moins un contempteur de l’allié américain. Dans Le Dernier Mitterrand (Plon, 1997), le journaliste Georges-Marc Benamou rapportait cette confidence de l’ancien président socialiste : « La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. » Une guerre, disait-il, « permanente, vitale, économique, une guerre sans mort apparemment » face à des Américains « voraces », qui « veulent un pouvoir sans partage sur le monde ».
Trente ans ont passé depuis la disparition du socialiste et la gauche n’en a pas fini avec son aversion envers la puissance américaine. Une défiance qui se renouvelle à l’aune de l’intervention de Donald Trump au Venezuela et de ses menaces répétées de « prendre » le Groenland, territoire autonome, mais sous la souveraineté du Danemark, pays membre de l’Union européenne et de l’OTAN. Dans un entretien à Libération jeudi 8 janvier, l’ancien président François Hollande a déploré le « déchirement » entre les Européens et les Américains depuis la réélection de Trump : « Ils prennent conscience que les Etats-Unis ne sont plus leurs alliés, et qu’ils se détachent de la protection de leur continent, c’est un bouleversement. »