De l’importance d’être constant (pour le jus)

Décarboner les productions d’électricité relève du devoir absolu. Sans cette décarbonation, il sera impossible de remplacer l’alimentation encore massivement à base de pétrole, gaz et charbon des systèmes productifs, de construction, de transport, l’immobilier de travail ou d’habitat. Il ne sera pas possible, non plus, d’alimenter en électricité les milliards d’êtres humains qui en sont privés totalement ou en situation de pénurie. On trouve ces affirmations dans tous les rapports du GIEC - le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat que les USA de Donald Trump viennent de quitter - depuis celui de 1990. L’ordre de grandeur à poursuivre, c’est une décarbonation d’au moins 90 % des productions à l’échelle mondiale. Les pays déjà industrialisés ont une responsabilité : y parvenir le plus vite possible afin de développer les technologies qui le permettent et favoriser leur déploiement planétaire.

L’électricité bas-carbone immédiatement déployable, aujourd’hui, provient soit des sources d’énergie renouvelables (vent, Soleil, eau, géothermie…) soit de la fission nucléaire. Ces sources et technologies sont donc très diversement réparties. Un pays très riche en cours d’eau peut ainsi envisager d’y recourir exclusivement pour subvenir à la totalité de ses besoins. Mais la plupart du temps, c’est un mix de ces différentes technologies qui est nécessaire pour y parvenir. Un mix qui n’a aucune raison d’être équilibré entre ses différentes composantes, ce sont la technique, les ressources humaines et en capital ainsi que les ressources ou difficultés naturelles qui en déterminent l’équilibre optimal en niveau de production et coût.

Où en est l’Europe ? Un tableau coloré, établi par un internaute très ingénieux, Thomas Auriel, permet de le saisir d’un seul coup d’œil pour 11 pays de l’Union Européenne. Un tableau que l’on peut trouver également sur Linkedin. Le voici :

La principale information de cette vision très synthétique, c’est l’importance d’être constant. Pour afficher un résultat bon sur l’année, en moyenne, il faut disposer d’un système électrique bas-carbone constant. Disposant de moyens de productions bas-carbone aptes à répondre aux besoins du 1er janvier 0h au 31 décembre 24 heures en suivant les très fortes évolutions de la consommation, et sans dépendre des aléas de la météo ou de la rotation de la Terre autour du Soleil.

C’est le cas de quatre pays représentés sur ce tableau : la Suisse, la Norvège, la Suède et la France. Les technologies et ressources permettant ce résultat majeur sont bien identifiées : l’hydraulique et la fission nucléaire de l’uranium (les émissions actuelles du parc nucléaire français sont particulièrement basses, avec environ 4 g/kWh selon l’Ademe). Les très bas niveaux d’émissions de gaz à effet de serre moyens sur l’année résultent du caractère pilotable de ces moyens de production capables ainsi de pallier les variations chaotiques des vents ou l’éclipse de l’énergie solaire la nuit ou lors des journées à forte couverture nuageuse. L’hydraulique au fil de l’eau dépend bien sûr des précipitations, et l’on ne peut vider un lac déjà vide. Les centrales nucléaires doivent nécessairement s’arrêter pour être entretenues et leur combustible nucléaire remplacé. Mais ces limitations n’empêchent pas ces quatre pays d’afficher déjà - et depuis longtemps - l’atteinte des objectifs climatiques rêvés pour l’échelle mondiale dans la deuxième moitié du siècle.

Les autres exemples illustrent la difficulté à y parvenir lorsque l’on ne dispose pas de ressources hydrauliques suffisantes et/ou que l’on refuse de recourir à l’énergie de fission nucléaire. Ainsi, l’Allemagne, en raison d’investissements gigantesques dans l’éolien et le solaire, affiche des capacités de production théoriques en renouvelables à la hauteur de ses besoins maximaux. Mais les vents et le Soleil ne transforment pas ces capacités théoriques en système bas-carbone permanent. Le résultat final est pour le moins sévère, avec des émissions minimums (par heure) certes à un poil moins que 100 g/kWh, mais un maximum à plus de 700 g et une moyenne qui frise les 370 g/kWh. Le choix de ne plus recourir à la fission nucléaire conduit le débat public allemand à tourner aujourd’hui autour d’un investissement massif dans des centrales à gaz, avec une fourchette de 20 à 40 GW de puissance installée. Autrement dit, à poursuivre sur longue durée l’utilisation massive de gaz fossile pour compenser les variations de production des éoliennes et des panneaux solaires.

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