La tension monte fortement vendredi 16 janvier en Ouganda, où l’opposition dénonce le placement de son candidat, Bobi Wine, en résidence surveillée, et l’« exécution » d’au moins une dizaine de ses partisans alors que le pays attend les résultats des élections présidentielle et législatives.
De nombreux observateurs voient dans le scrutin tenu jeudi une formalité pour le président sortant, Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans dont quarante au pouvoir, qui vise un septième mandat de suite en s’appuyant sur un contrôle total de l’appareil électoral et sécuritaire.
Après le dépouillement des urnes dans près de 60 % des bureaux de vote du pays, il obtient 75,38 % des suffrages, contre 20,71 % pour son principal adversaire, Bobi Wine – de son vrai nom Robert Kyagulanyi Ssentamu –, selon les derniers chiffres communiqués vendredi après-midi par la commission électorale.
Ancien chanteur de raggamuffin de 43 ans ayant connu détention et torture lors des précédentes élections, en 2021, Bobi Wine a été assigné à résidence jeudi soir, a dénoncé la Plateforme d’unité nationale (NUP), son parti.
« L’armée et la police ont encerclé la résidence du président Kyagulanyi Ssentamu Robert, le plaçant de facto, ainsi que son épouse, en résidence surveillée », a rapporté la NUP jeudi soir sur X. « Ce n’est pas de la force. Ils agissent ainsi par peur des personnes qu’ils ont offensées en commettant tant d’atrocités à leur encontre », a critiqué Bobi Wine sur X.
Des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) se sont rendus vendredi près de la maison de Bobi Wine, calme en apparence. Ils ont constaté la présence d’un véhicule de la police et de quelques policiers devant l’édifice.
Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a affirmé à l’AFP que 10 de ses partisans avaient été tués à son domicile par l’armée dans la nuit de jeudi à vendredi. « Après les avoir tués, l’armée a continué de tirer. Puis ils ont enlevé toutes les preuves de leur mort. Il ne reste plus qu’une mare de sang », a-t-il décrit, interrogé par téléphone par le bureau de l’AFP à Nairobi (Kenya). Le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, a dénoncé à l’AFP l’« exécution d’innocents ». Selon lui, l’incident a fait « plus de 20 morts » et « plus de 50 blessés ».
Evoquant le même incident, un cadre des forces de sécurité ougandaises a affirmé de son côté à l’AFP que sept personnes avaient été tuées dans la zone de Butambala pour « avoir attaqué » le centre local de dépouillement des votes.
La porte-parole de la police de la zone, Rydia Tumushabe, a de son côté fait état de 25 arrestations de « bandits » de la NUP qui « prévoyaient de brûler » un centre de dépouillement et un poste de police, et qui avaient bloqué une route et « attaqué » des véhicules. Un nombre encore indéterminé d’entre eux a été « mis hors d’état de nuire », a-t-elle ajouté.
La femme du député Kivumbi, Zahara Nampewo, a de son côté donné à l’AFP une version des faits diamétralement opposée. Plusieurs centaines de personnes étaient rassemblées devant son domicile pour protester contre une manipulation du vote dans sa circonscription quand l’armée est venue les disperser, a-t-elle relaté, se disant « traumatisée ».
Alors que de nombreuses personnes présentes se sont enfuies vers les plantations environnantes, « ils ont tiré à travers la porte de notre garage et ont tué 10 jeunes, 10 jeunes hommes, des agents de campagne qui étaient venus nous aider », a déclaré cette professeure de droit.
Le vote se déroule dans un climat « marqué par une répression et une intimidation généralisées », a relevé l’Organisation des Nations unies.
Au moins 400 partisans de Bobi Wine ont été arrêtés durant la campagne électorale, selon l’ONG Amnesty International. L’opposant, qui avait été détenu et torturé en 2021, a pris l’habitude de porter un gilet pare-balles. Il a accusé sur X le gouvernement de « bourrage massif des urnes » et appelé la population à manifester en cas de fraude.
L’autre grand chef de l’opposition, Kizza Besigye, qui s’est présenté à quatre reprises contre M. Museveni, a été enlevé en 2024 au Kenya pour être ramené en Ouganda, où il reste détenu pour des accusations de trahison.
Malgré des promesses répétées qu’il ne le ferait pas, le gouvernement a coupé l’accès à Internet mardi pour une durée indéterminée, présentant la mesure comme un moyen de contenir la « désinformation » et l’« incitation à la violence ».