En 1991, avec l’effondrement de l’Union soviétique, le monde moderne sortait de la guerre froide après quatre décennies d’équilibre de la terreur. Une ère de désescalade s’ouvrait, portée par des promesses de paix et de mondialisation heureuse. Cette parenthèse s’est refermée avec l’invasion de l’Ukraine. L’année 2025 s’achève sur ce cycle.
Réalisée par la rédaction du quotidien, l’édition 2026 du Bilan du Monde revient sur cette rupture dans l’ordre international, en couvrant l’actualité à travers trois cahiers : International, France et Planète. L’édition propose également un atlas des 198 pays du globe et comprend infographies, portfolio et tribunes inédites dans les pages Idées du journal.
Pour la politiste Valérie Rosoux, dont l’entretien ouvre le cahier International, « 2025 confirme la fin de l’ordre post-seconde guerre mondiale » au profit d’un nouveau trio : l’Américain Donald Trump, le Chinois Xi Jinping et le Russe Vladimir Poutine. Trois présidents, trois prédateurs, trois populistes qui pratiquent le même exercice autocentré du pouvoir, flirtant avec le culte de la personnalité et nourris par un narcissisme autoritaire (aux accents impériaux). Ils rêvent aussi, chacun, d’un autre monde, multipolaire, bien éloigné du multilatéralisme onusien qui dicte les relations internationales depuis huit décennies.
Au-delà de l’ivresse de leurs ego respectifs, le trio Trump-Xi-Poutine se retrouve dans le projet d’un ordre postoccidental où pourraient cohabiter respect des souverainetés et violation du droit international, globalisation des marchés et retour aux zones d’influence, néonationalismes et empires, comme l’attestent l’invasion de l’Ukraine et, plus récemment, l’opération militaire américaine au Venezuela.
Cet entre-deux, qui succède à l’ordre onusien célébré, à l’automne, pour le 80e anniversaire de l’organisation, se heurte aux valeurs européennes et prend l’Europe pour cible. La France n’échappe pas à cette nouvelle configuration. Le pouvoir subit aussi, au sein même de l’Hexagone, des attaques contre la démocratie, les médias, les libertés et les valeurs de la République.
Lorsque les principes démocratiques tremblent sur leurs bases, le défaitisme n’est jamais un bon allié. Sans naïveté ni aveuglement, plusieurs signes témoignent toutefois que le cours de l’histoire n’est pas irréversible. Aux Etats-Unis, Donald Trump, monarque capricieux qui se croit intouchable, affronte des revers électoraux et voit la première année de son second mandat chahutée par l’affaire Epstein. Cette édition du Bilan du Monde observe que l’engagement de la génération Z, qui, au Népal, à Madagascar, au Sri Lanka, au Kenya, au Togo, au Bangladesh ou au Pérou, lutte contre les inégalités et la corruption des régimes, est un modèle à méditer.
Les défenseurs de la planète ne sont pas aussi démunis qu’on le pense, pourrez-vous lire aussi dans ces pages. Ils peuvent s’appuyer sur l’Union européenne comme levier d’action, pour peu que les Européens s’affirment comme une vraie force stratégique dans le monde. Dans ce clair-obscur, qui fabrique souvent des monstres, existent aussi des raisons d’espérer.