Tous les matins, Mohamed Fadil, 32 ans, quitte le campement de la « ferme Azoumi » où vivent, comme lui, des centaines de réfugiés soudanais, dans l’espoir de ramener de quoi manger à sa femme et ses six enfants. Il s’installe sous des arbres, au bord de la route principale de la cité-oasis de Koufra, au sud de la Libye. Un bout de terrain transformé en marché du travail à ciel ouvert, où la main-d’œuvre étrangère rencontre la demande locale.

Avec d’autres camarades d’infortune, il attend là, des heures, que quelqu’un vienne lui proposer un emploi journalier, en général dans la construction ou l’agriculture, qui lui rapportera « entre 10 et 100 dinars par jour » (entre 1,60 euro et 16 euros). « C’est devenu de plus en plus compliqué de trouver un travail et les salaires ont baissé à cause de la concurrence que se font les réfugiés entre eux », se désole le père de famille, arrivé là fin 2024. Les jours sans travail, la nourriture manque.

De l’autre côté de la frontière, au Soudan, la sanglante lutte de pouvoir entre les forces armées soudanaises du général Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane à leurs anciens alliés paramilitaires des Forces de soutien rapide, dirigées par le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », est responsable de la « pire crise humanitaire » du monde, selon les Nations unies. Le conflit, qui dure depuis avril 2023, a plongé plusieurs régions dans la famine, et fait près de 14 millions de déplacés, dont un tiers au-delà des frontières du pays.

Face à cette catastrophe, « la réponse globale n’est pas suffisante comparée à l’ampleur des besoins des Soudanais », se désole Talal Burnaz, directeur de la mission en Libye de l’ONG américaine International Medical Corps, également présente au Soudan, au Soudan du Sud et au Tchad.

La Libye, qui a accueilli entre 350 000, selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, et un million de déplacés, selon les autorités locales, ne fait pas exception à ce constat. A Koufra, première ville en plein désert après la frontière, dont la population a doublé face à l’afflux de personnes fuyant les combats, les aides ne sont pas nombreuses : aucune distribution alimentaire, aucun abri, aucune bâche frappée du logo des Nations unies. Et désormais, même la maigre assistance fournie par les ONG menace de disparaître à cause de la réduction des financements internationaux.

Depuis son retour à la présidence américaine, en janvier 2024, Donald Trump a supprimé des milliards de dollars destinés à l’aide internationale. Sa décision a eu des conséquences incommensurables sur le secteur humanitaire, de nombreuses ONG étant contraintes de licencier des employés et de stopper leurs programmes. Les autres bailleurs de fonds – des institutions régionales comme l’Union européenne, des agences des Nations unies mais également des Etats – ont également revu leurs priorités à l’échelle mondiale.

Pour les réfugiés soudanais dans les pays limitrophes, cela entraîne une « baisse des services de base, des soins de santé, du soutien de manière générale, des dons d’équipement et des aides aux autorités locales, détaille M. Burnaz. Nous avons de moins en moins à offrir ».

International Medical Corps, tout comme l’ONG française Première urgence internationale, réalise des consultations dans les campements, en plus de gérer le centre médical Al-Azil, en bordure de Koufra, remis en fonction en octobre 2024 pour désengorger l’hôpital principal, saturé par les arrivées de réfugiés.

« A cause des conditions de vie désastreuses dans les “fermes”, nous avons tous types de maladies, comme des infections, notamment aux yeux, de la diarrhée, des problèmes de peau, des intoxications alimentaires », explique Hakimah Ali Badr, infirmière employée de l’ONG américaine qui, en plus des traitements, fournit également un « soutien psychologique, car de nombreuses personnes ont subi d’énormes traumatismes ».

Mais International Medical Corps ne sait pas si elle pourra continuer ses opérations au-delà du mois d’avril, par manque de fonds. Pour la même raison, son homologue française, présente à Koufra depuis 2019, devra stopper ses activités fin janvier. Le dispensaire risque de tomber en décrépitude. Les autorités de Benghazi – rivales du gouvernement dit « d’union nationale », reconnu internationalement, qui siège à Tripoli sous l’égide du maréchal Khalifa Haftar – ne semblent pas en capacité d’en reprendre la gestion, alors que la région manque déjà de médecins de longue date.

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