Ce n’est pas un premier livre, puisque Julia Lepère a publié déjà trois recueils de poésie, mais c’est assurément un premier roman : La Mer et son double se découvre avec la curiosité de l’inconnu, et le franc plaisir de l’étonnement, tant son originalité est manifeste. Le texte s’ouvre comme une sorte de roman géographique, par la description de « P. », une ville « étroite » et de pure fiction, dont l’onirisme un peu crâne pourrait presque rappeler, très lointainement, quelque chose de Julien Gracq (1910-2007).

Où sommes-nous ? C’est un drôle d’espace aride : la mer proche y demeure « comme un mirage », les noms y ont des consonances américaines, on y trouve aussi un café « qui pourrait être un saloon » et la trace de conflits anciens entre colons et natifs forcés à l’exil. Comme de juste, dans cet univers de (néo-) western, une étrangère arrive : c’est une cinéaste en quête d’images, figure un peu floue où peuvent se projeter les attentes du lecteur, surpris par la puissance d’évocation d’un monde traversé de quelques personnages seulement, une certaine Molly Fall (déjà au centre d’un recueil précédent), un pianiste, un prêtre, un sculpteur… Un monde à demi fantomatique, donc, pour un roman dont l’écriture emprunte autant à la poésie qu’à l’imaginaire du cinéma, dans ses effets d’irréalisation parfois déroutants.

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