Nichée entre les montagnes de la Sierra Nevada, en Californie, et le désert du Nevada, la ville de Reno, 275 000 habitants, pourrait servir de décor à un film des frères Coen : les casinos sont aussi glauques que ceux de Las Vegas sont flamboyants, attirant des joueurs solitaires dans une odeur de tabac froid ; des sans-abri errent dans le centre-ville par une température glaciale. La cité, surnommée « la plus grande petite ville du monde », était jadis la capitale du divorce express pour ceux qui s’étaient mariés trop vite à Vegas. Mais elle s’est développée, avec l’afflux des Californiens fuyant le coût de la vie prohibitif de la baie de San Francisco et l’arrivée d’Elon Musk et de son usine de batteries, la Gigafactory, inaugurée en 2016 : depuis, les data centers destinés à l’intelligence artificielle (IA) y poussent comme des champignons.
Ici, on est dans l’Ouest, composé de « ranchers » et de libertariens, partisans de Donald Trump, amoureux de sport, de cannabis et de grands espaces. Reno, c’est l’Amérique qui hésite entre pauvreté et industrialisation, avec un revenu médian dans la moyenne nationale, si loin de Washington que la ville est un bon baromètre pour évaluer l’impact réel du retour de Trump au pouvoir, un an après sa prise de fonctions, le 20 janvier 2025. Une ville bascule dans un Etat bascule, le Nevada, qui a voté Trump et s’est doté d’un gouverneur républicain, mais a choisi deux sénateurs et trois représentants démocrates sur les quatre envoyés au Congrès dont dispose l’Etat.
A Reno, qu’on soit d’un camp ou de l’autre, on fait le gros dos pour éviter les foudres de l’administration. Un sujet, un seul, suscite une condamnation unanime, les raids de l’ICE, la police des frontières, qui, avec une brutalité inédite documentée par des milliers de vidéos publiées sur les réseaux sociaux, arrête en plein jour les migrants. Mais tous sont confiants dans la solidité des institutions et, surtout, tous avancent une préoccupation majeure : le pouvoir d’achat, confirmant le résultat des élections partielles de novembre 2025 à New York et en Virginie, dont les vainqueurs démocrates ont fait campagne sur l’affordability, ce qui est abordable.