Robert Malley, ancien diplomate américain : « Rares sont ceux qui se préoccupent vraiment de l’avenir de la population iranienne »

Constat en forme d’aveu : ni Barack Obama ni Joe Biden – deux anciens présidents américains que j’ai pu conseiller sur le Moyen-Orient – n’ont privilégié les droits humains ou la transition politique en Iran.

Obama, tourmenté par le souvenir de la désastreuse invasion américaine de l’Irak en 2003 et résolu à éviter un nouvel empêtrement, donne la priorité à un accord garantissant que l’Iran ne développe pas une bombe atomique. A cela s’ajoutaient d’autres considérations : scepticisme quant à la capacité des Etats-Unis à influer sur le cours des événements dans le pays ; crainte qu’une ingérence, même feutrée, ne profite au régime des mollahs et ne souille l’opposition. Lorsque, en 2009, éclate le « mouvement vert », durement réprimé par les autorités iraniennes, Obama soutient celui-ci, mais du bout de lèvres habituellement si loquaces.

Biden, lui, perçoit les choses autrement ; mais le résultat ne diffère guère. Bien qu’il ait fait campagne pour le rétablissement de l’accord sur le nucléaire iranien, violé par le président américain, Donald Trump, en 2018, il ne partage ni l’opiniâtreté d’Obama ni sa conviction que l’objectif diplomatique méritait réelle prise de risque politique. Et, bien qu’il se pose théoriquement en défenseur des droits de l’homme, Biden ne croit pas non plus que c’est à Washington que se décidera l’avenir de la République islamique.

Conséquence : sa politique consiste à ne pas en avoir, et à se satisfaire d’une logique de « ni crise ni accord diplomatique ». Lorsque Téhéran s’attaque au mouvement Femme, vie, liberté, en 2022, il adopte certes un ton plus agressif qu’Obama. Il suspend les négociations, mobilise alliés et partenaires pour condamner le régime, cherche à donner à la société civile iranienne les moyens de communiquer en son sein et avec le monde extérieur, et sanctionne les responsables de la répression. Mais soyons franc : ce que les Etats-Unis ont fait, ils l’ont fait surtout pour éviter de ne rien faire.

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