Pour réussi que soit le pari éditorial de la bien nommée collection « Ma nuit au musée », chez Stock, il faut bien l’avouer : souvent, les auteurs émergent des heures passées dans les institutions culturelles de leur choix avec des livres où les œuvres nuitamment côtoyées semblent surtout des prétextes à autre chose. La plupart des écrivains ne s’étendent guère sur les tableaux ou les installations aux côtés desquels leur a été dressé un lit de camp, pour en venir à ce qu’ils font résonner en eux.

Cela peut donner lieu à des ouvrages remarquables, la question n’est pas là. Mais disons que L’Imparfait, d’Eric Reinhardt, se distingue d’abord des autres textes de la collection par sa façon d’évoquer les merveilles avec lesquelles il a partagé la nuit. Il faut dire que l’auteur de Cendrillon (Stock, 2007), également éditeur d’art, a choisi de se laisser enfermer à la Galerie Borghèse de Rome, le 30 avril 2024, avec des Bellini, Raphaël, Caravage… Sa manière – précise, joyeuse, sensuelle, jamais blasée, celle d’un « psychopathe du détail et de la sensation », ainsi qu’il se définit – de décrire les œuvres offertes à son regard témoigne moins de son érudition (vaste) que de son intimité avec les sculptures et peintures exposées ; mention spéciale à sa restitution vive, magnifiquement éclairante, de l’effet produit par l’Apollon et Daphné, du Bernin (1622).

C’est, au reste, avec un dessein très intime qu’Eric Reinhardt s’est rendu à la Galerie Borghèse : il a caché dans sa valise une couette pour en recouvrir la statue allongée de l’Hermaphrodite endormi, sculptée au IIe siècle, et se coucher à son côté. Pour cela, il faudra surmonter les problèmes logistico-administratifs qui surviennent à son arrivée à Rome, et donnent lieu à des pages d’un burlesque snob et charmant, et tromper la vigilance de Michela, l’espiègle gardienne chargée de l’observer à travers des caméras.

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