Un sourire en coin, l’air fier de celui qui a beaucoup travaillé pour en arriver là, José Manuel Almuzara glisse la petite carte sur la table du café de la Pedrera, à Barcelone. Au recto, une photo de l’architecte Antonio Gaudí, barbe longue et regard au loin, prise à la fin de sa vie. Derrière lui, la silhouette de la Sagrada Família, la fameuse basilique de Barcelone, son chef-d’œuvre inachevé, se découpe sur un fond rose de coucher de soleil catalan.
En bas, se distinguent le nom de l’artiste, ses dates et une inscription : « L’architecte de Dieu ». « C’est le premier outil de dévotion que nous avons fait imprimer au début de notre folle aventure », relate José Manuel Almuzara, 73 ans, né en 1952, cent ans après Gaudí comme il aime le rappeler. « Il faut bien lire ce qu’il y a derrière. »
Au verso, la carte propose un texte aux caractères minuscules : une courte biographie de l’architecte qui s’achève sur une prière. « Dieu, notre Père, qui avez insufflé à votre serviteur Antoni Gaudí, architecte, un grand amour pour votre Création (…) Accordez-moi la réussite dans l’accomplissement de ma tâche et daignez glorifier votre serviteur Antoni, en m’accordant, par son intercession, la grâce que je vous demande (énoncez votre demande). Par Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen. »
Antonio Gaudí, qui a inscrit à Barcelone sa vision moderniste, presque surréaliste, serait désormais appelé à la rescousse des croyants comme un saint de l’Eglise catholique ? Tel est, en tout cas, le combat de José Manuel Almuzara. Voilà trente-quatre ans que l’architecte se bat pour faire reconnaître par le Vatican la sainteté de cette figure tutélaire de Barcelone. Une quête autant spirituelle qu’artistique qui pourrait bien aboutir en 2026.