Cécile Coulon travaille une matière organique. Entre les mains de ses lecteurs, elle dépose l’odeur âcre de l’humus, de la terre fraîchement retournée ; le parfum de la forêt la nuit ; et le grand mystère de ce qu’il se passe « en dessous ».
En dessous, dans ce dixième roman de l’écrivaine de 35 ans, c’est au sens propre. Le hameau reculé où se déroule son histoire est le même que dans son précédent ouvrage, La Langue des choses cachées (L’Iconoclaste, 2024), et il s’appelle le Fond du Puits. Un lieu abyssal, à l’écart du monde, où macèrent des âmes oubliées.
Un jour, dans le hameau, un garçon de 7 ans survit à une fièvre mortelle mais son visage, « dévoré puis recraché par la maladie », en paie le tribut : il se réveille défiguré, « un monstre ». Le prêtre du village et l’ancienne institutrice aveugle le recueillent et l’élèvent dans l’église. Jour après jour, ils le tournent vers la lumière, l’accompagnent dans la formation de son esprit. Leur affection grandit au fil des rituels immuables de ce quotidien austère. Les deux adultes ont trouvé dans la glaise de cette jeune âme leur fils spirituel.