Les habitants de ce bourg rural chinois n’avaient jamais vu ça. Il est environ 22 heures, heure locale (15 heures à Paris), dimanche 14 décembre, lorsque les forces de l’ordre débarquent par centaines dans les rues de Yayang. Les vidéos publiées sur les réseaux sociaux chinois et localisées par Le Monde montrent les agents en train d’investir la ville, casqués et armés de matraques et de boucliers antiémeutes.
La veille, des dizaines d’avis de recherche ont été placardés sur les murs de cette ville de quelques milliers d’habitants. On y lit, sous deux portraits d’hommes fixant les passants : « Veuillez signaler tout acte répréhensible commis par Lin Enzhao, Lin Enci et leur bande criminelle (…), accusés de provoquer des querelles et de troubler l’ordre public. » Cette infraction, particulièrement vague, est devenue l’outil favori du Parti communiste chinois pour entraver les discours dissidents. Selon les témoignages recueillis par Le Monde, les deux frères dirigeaient l’office religieux de l’église protestante de Yayang, bâtie il y a bientôt trente ans.