Caroline Lang, fille de l’ancien ministre Jack Lang, a annoncé, lundi 2 février, démissionner de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI), à la suite de révélations de Mediapart sur ses liens financiers passés avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019.
« J’ai décidé de me retirer de mes fonctions de déléguée générale du SPI », a-t-elle déclaré dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse (AFP), expliquant ne pas vouloir que cette « situation » puisse « nuire au syndicat », où elle occupait ses fonctions depuis trois semaines.
Cette décision survient après la publication par le site Mediapart d’une enquête, s’appuyant sur des documents de la justice américaine, révélant que Caroline Lang avait fondé en 2016 une société offshore avec l’homme d’affaires américain.
Plus tôt, lundi, son père, Jack Lang, 86 ans, avait déclaré à l’AFP « assumer pleinement les liens » qu’il a pu créer avec le financier américain, « à une époque où rien ne laissait supposer que Jeffrey Epstein pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité ».
Dans son communiqué, Mme Lang qualifie Jeffrey Epstein, qui lui a été présenté en 2012, de « mécène généreux » dont « l’idée de constituer un fonds, parfaitement légal, destiné à favoriser l’acquisition d’œuvres de jeunes artistes » lui avait semblé « pertinente ». Assurant n’avoir perçu « aucune rémunération, ni aucun bénéfice de ce fonds », Caroline Lang affirme avoir démissionné de toute fonction liée à cette structure « dès que les agissements de M. Epstein » ont été révélés.
Caroline Lang explicite ainsi la nature de ses liens avec le financier : « Jeffrey Epstein était une connaissance. Il m’a été présenté en 2012, dans le cadre de mes fonctions de [directrice générale] de Warner Bros TV », écrit-elle. Mediapart précise que c’est par l’entremise d’un couple d’amis commun, à savoir le célèbre réalisateur new-yorkais Woody Allen et sa compagne, Soon-Yi Previn, qu’ils se sont rencontrés. Elle décrit un homme « cultivé, passionné par l’art contemporain », qui la sollicitait « occasionnellement pour des conseils de sorties culturelles ».
Selon Mediapart, la société Prytanee LLC avait vu ses comptes crédités de 1,4 million de dollars et avait pour objet l’achat d’œuvres d’art. Interrogée par le média en ligne, Caroline Lang avait reconnu une « naïveté confondante » et ne pas avoir déclaré cette société au fisc français. Elle figure également sur un testament financier signé par Jeffrey Epstein deux jours avant sa mort, lui promettant 5 millions de dollars, une somme dont elle affirme avoir ignoré l’existence.
Si Jack Lang affirme être « tombé des nues » en découvrant les crimes sexuels du financier, les échanges de courriels tirés des dossiers Epstein détaillent des discussions d’affaires directes entre la famille Lang et le criminel sexuel. Une série d’échanges datés de mars 2015 révèle des négociations précises autour de la vente d’un riad à Marrakech baptisé « Ksar Massa ».
Selon le récit chronologique tiré des documents, tout débute le 29 mars 2015 par l’envoi d’une présentation de la propriété par un tiers, grâce au site WeTransfer. Le lendemain, Monique Lang, l’épouse de l’ex-ministre, écrit avec le compte de son mari à l’adresse « jeevacation@gmail.com » utilisée par Jeffrey Epstein.
« Dear Jeffrey » (« cher Jeffrey »), écrit-elle, expliquant qu’un ami souhaite vendre sa propriété et préfère « que nous en parlions directement ». Jeffrey Epstein répond le jour même, s’enquérant du prix. Le mardi 31 mars 2015, c’est Jack Lang qui précise les conditions financières : « Le prix est de 5 400 000 euros, offshore », écrit l’ancien ministre. Interrogé par Mediapart sur cet épisode, Jack Lang a répondu ne pas se souvenir « très bien de cette histoire », estimant avoir « dû simplement transmettre les prétentions du vendeur, sans commentaire ».
Dans sa déclaration à l’AFP, l’ancien ministre de la culture de François Mitterrand (1981-1986 et 1988-1993) n’aborde pas ces volets financiers, mais insiste sur le contexte de sa relation avec le financier, rencontré « voici une quinzaine d’années ». « Volontiers mécène, il fréquentait alors le Tout-Paris. Il nous avait séduits par son érudition », explique-t-il.
« Quand je noue un rapport de sympathie, je n’ai pas l’habitude de demander à mon interlocuteur son casier judiciaire. » Une très courte vidéo issue de la dernière série des dossiers Epstein montre d’ailleurs Jack Lang aux côtés du financier, devant la Pyramide du Louvre, à une date indéterminée. « Je ressens aujourd’hui une profonde tristesse et un sentiment d’injustice », a conclu Caroline Lang dans son communiqué.