L’immigration s’est imposée comme l’un des sujets principaux du débat public et politique. Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) nourrissent le débat sur nombre de plateaux de télévision et leur exécution est devenue le baromètre quasi exclusif de l’efficacité administrative en matière d’immigration. Peu importe la technicité de cette matière et la multiplicité des situations, la figure de l’étranger est systématiquement essentialisée. Elle rassemble dans une catégorie unique plusieurs millions de personnes, tous âges, tous profils, tous parcours confondus. Sa présence serait « massive » et « incontrôlée ». Il faudrait « rationaliser », juguler, encadrer. Interdire, même, pour certains.
En janvier 2025, le magazine d’extrême droite Frontières listait « les coupables » de « l’invasion migratoire » : avocats nommément désignés et magistrats y figuraient en bonne place. Les premiers étaient accusés de submerger les tribunaux de recours inutiles, supposés être une manne financière « juteuse ». Les seconds d’être trop laxistes. Dans une relative indifférence, en novembre 2025 et en janvier 2026, les deux principaux syndicats de magistrats administratifs – qui traitent les recours de personnes étrangères – apportent un éclairage bien différent et tirent la sonnette d’alarme. Le Syndicat de la juridiction administrative (SJA) et l’Union syndicale des magistrats administratifs (USMA) ont tour à tour constaté une « explosion » des recours liés aux contentieux des étrangers.
La rupture vient de l’identification de la cause de cette hausse exponentielle des recours : la défaillance de l’administration des étrangers. Or, rappelons-le : les étrangers ont des droits et il est normal qu’ils cherchent à les faire respecter. La clarté du propos des syndicats tranche avec un ton d’habitude plus feutré. L’USMA pointe « l’état de délabrement des services publics et, en premier lieu, des dysfonctionnements de certaines préfectures qui ne répondent plus ». Le SJA vise, lui, des contentieux évitables, notamment liés au « sous-dimensionnement des services de certaines préfectures pour leur servir de secrétariat et gérer leurs prises de rendez-vous ».