Lorsque Rotana Al-Raqb descend du bus et pose les pieds à Gaza, le 2 février, les caméras braquées sur elle, elle ne peut se retenir. Cris et larmes se mêlent. « Que personne ne quitte Gaza ! Non à l’exil forcé ! », répète-t-elle, serrant dans ses bras sa famille retrouvée après onze mois de séparation. L’image saisie par les journalistes palestiniens fait le tour des réseaux sociaux – Israël interdit l’entrée dans l’enclave à la presse étrangère depuis vingt-huit mois.
Rotana, 31 ans, fait partie des premiers Gazaouis à avoir été autorisés à rentrer dans la bande de Gaza depuis la réouverture, le 2 février, du terminal de Rafah, à la frontière avec l’Egypte, après un an et neuf mois de fermeture imposée par Israël. Unique point de sortie vers le monde extérieur, l’ouverture de Rafah était très attendue et devait intervenir dès la première phase de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, le 9 octobre. Mais l’Etat hébreu a lié cette échéance à la remise de tous les otages israéliens, morts et vivants, retenus par le Hamas dans l’enclave, condition finalement remplie le 26 janvier.
Dans le bus affrété par les Nations unies, qui la conduisait, elle et 11 autres passagers, vers l’hôpital Nasser à Khan Younès, Rotana s’était juré de rester muette. « Mais lorsque j’ai vu tous ces regards posés sur moi, je ne pouvais plus me taire. Il fallait que je passe le message : ce trajet, c’est l’horreur », confie la mère de famille, jointe au téléphone par Le Monde depuis Gaza. Pour retrouver son mari et ses cinq enfants, interdits de voyager avec elle, en mars 2025, en Egypte, où elle avait pu se rendre avec sa mère cardiaque pour son traitement, Rotana, comme de nombreux Gazaouis à leur retour, a dû affronter un voyage éprouvant, marqué par l’humiliation et l’intimidation.