A première vue, c’est un bourg landais comme un autre : une agence postale, un distributeur de pizzas, des associations, un chapelet de semi-remorques transportant des pins… Il faut lever les yeux vers les toitures et tendre l’oreille au comptoir du bar-tabac pour comprendre ce qui se joue par ici. « Vous avez dû bien produire hier, avec ce soleil », lance un artisan. Inutile de préciser quoi : les yeux rivés sur leur smartphone, les habitués comparent leur production d’énergie photovoltaïque comme d’autres l’actualité dans le quotidien Sud Ouest.
Ainsi de la prouesse d’Escource, 800 habitants : avoir fait de la transition énergétique un sujet de conversation banal, appropriable par tout un chacun. Ici, le « beau mot d’écologie » – pour reprendre l’expression du député Debout! de la Somme François Ruffin – ne braque pas autant qu’ailleurs. « C’est que l’écologie qu’on fait nous, c’est du concret : on la voit direct au portefeuille ! », dit Albert De Santos, chargé des services techniques.
L’agent municipal n’a jamais été « un écolo dans l’âme ». « Mais entre ce qu’on consommait avant en fioul et aujourd’hui, il n’y a pas photo. » Il est fier d’expliquer le fonctionnement du réseau de chaleur : deux chaudières à bois alimentent tous les bâtiments publics ; les plaquettes de bois seront bientôt produites en direct avec les parcelles de forêt communale.
L’histoire de la mue énergétique d’Escource commence par une catastrophe climatique. Aujourd’hui premier adjoint, Patrick Sabin venait d’être élu maire (sans étiquette) quand, en 2009, la tempête Klaus a mis à terre la forêt des Landes et la filière sylvicole, engendrant de grosses pertes de revenus. Le marché de l’électricité avait été libéralisé deux ans plus tôt.