Trump et l’Iran : les menaces et les interrogations

L’ombre de la guerre pèse de nouveau sur le Moyen-Orient et, une nouvelle fois, les Etats-Unis en sont la cause. Donald Trump, qui avait fait irruption en politique il y a plus de dix ans, en partie en dénonçant l’aventurisme guerrier des administrations précédentes dans cette région, menace ouvertement l’Iran de frappes d’une ampleur bien supérieure à celle de la guerre de juin 2025, déclenchée par Israël et à laquelle Washington s’était joint. Le précédent vénézuélien a montré que la concentration actuelle de forces militaires américaines à la périphérie du Golfe, même sans moyens terrestres, doit être prise au sérieux.

Elle vise un régime définitivement discrédité par son choix de noyer dans le sang, en janvier, la vague de colère qui a saisi les Iraniens face à l’effondrement de leur économie. Cette situation doit tout à l’aveuglement du Guide de la révolution, Ali Khamenei, qui a usé et abusé de la capacité de nuisance régionale de son régime avec des résultats catastrophiques.

L’« axe de la résistance » patiemment mis sur pied par Téhéran a été laminé en deux ans par l’armée israélienne, précipitant la chute du régime de Bachar Al-Assad en Syrie. Etouffé par les sanctions, l’Iran n’a jamais été aussi affaibli intérieurement et isolé diplomatiquement. La quête par le régime d’une arme nucléaire perçue comme une garantie contre des interventions extérieures est en passe d’en précipiter une seconde en moins d’un an.

Les menaces américaines soulèvent cependant de graves questions. Donald Trump évoque une guerre dont les objectifs restent pour l’instant indéfinis. S’agit-il pour le président des Etats-Unis de renforcer sa position en vue de nouvelles négociations, de détruire un programme nucléaire dont il assurait pourtant en juin qu’il avait été anéanti ? La cible est-elle le programme balistique développé par Téhéran, qui constitue une menace réelle pour l’ensemble des voisins de la République islamique ?

Envisage-t-il un changement de régime à Téhéran, un résultat qui pourrait difficilement être obtenu par des bombardements, aussi massifs soient-ils ? Ses atermoiements lors du soulèvement des dernières semaines, dont la promesse d’une aide qui n’est jamais venue, ont montré qu’il pouvait se montrer indifférent au sort de la population iranienne. Donald Trump affectionne le coup d’éclat, la campagne brève suivie d’un communiqué de victoire. Rien ne dit que le cas iranien puisse s’y prêter.

Ses menaces alimentent par ailleurs d’autres interrogations. Sur le fonctionnement des institutions des Etats-Unis tout d’abord. Le président envisage en effet une opération militaire d’une importance considérable, compte tenu de la taille de l’Iran et des conséquences géopolitiques d’une telle décision, sans le moindre vote du Congrès, qui dispose seul du pouvoir de déclarer la guerre. L’invasion désastreuse de l’Irak, en 2003, avait au moins été précédée par un vote du Congrès, après débat, en faveur d’une intervention militaire.

De même, une telle attaque dépourvue d’un blanc-seing des Nations unies serait évidemment illégale du point de vue du droit international, aucune légitime défense ne pouvant être avancée par Washington pour la justifier. La détestation légitime que suscite le régime iranien ne doit pas masquer une évidence. A l’heure du grand dérèglement international, ceux qui considèrent que la fin justifie les moyens ne pourront que se taire lorsque la force dépourvue du moindre garde-fou s’exercera à leurs dépens.

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