« A Lyon, un militant identitaire grièvement blessé, ses proches accusent les antifas, la justice reste prudente. » Ainsi Le Monde a-t-il titré, vendredi 13 février, son premier article consacré à l’agression subie la veille, à Lyon, par Quentin Deranque. Depuis, le jeune homme de 23 ans est mort, l’enquête a confirmé la présence de militants antifascistes parmi ses agresseurs – des membres de la Jeune Garde, notamment – et le terme « antifa » a été mentionné dans une douzaine d’articles, dans un éditorial et en une du quotidien, signe que ce mot abrégé est aujourd’hui passé dans le langage courant. Une évolution récente, comme en témoigne sa rareté dans nos colonnes avant 2013.
C’est loin du contexte actuel, le 7 juin 1950, qu’apparaît « antifa » dans Le Monde, au cœur d’un article sur le développement en Allemagne de l’Est (RDA) d’une « police populaire » dont on soupçonne, à l’Ouest, qu’il s’agit en réalité d’un embryon d’armée. L’entraînement au maniement des armes « se double (…) d’une instruction politique des recrues, faite par des commissaires chaque matin pendant deux heures. Les recrues assidues ou déjà préparées par un passage dans une “école antifa” au cours de leur captivité en Russie sont récompensées par un avancement plus rapide », écrit le journaliste Roland Delcour, sans détailler le contenu de l’enseignement dispensé au sein des dites « écoles antifa ».
On retrouve ensuite le terme « antifa » dans l’édition datée du 1er janvier 1952, sous la plume d’un envoyé spécial nommé Claude Lanzmann – auteur d’une quarantaine d’articles dans Le Monde. Le futur réalisateur de Shoah (1985), alors âgé de 26 ans, s’est rendu en RDA pour raconter « l’Allemagne derrière le rideau de fer », et fait étape à Leipzig au restaurant « Antifahaus » – « Antifa » pour les habitués –, « une géante bâtisse quadrangulaire édifiée au milieu des ruines », perçue comme « le palace du nouveau régime » et dont il décrit les « débauches de victuailles ».