Une nuit de février, des militants du Rassemblement national (RN) sont venus discrètement à Woincourt, petit bourg communiste de la Somme, pour y coller une affiche de leur champion local, le député Matthias Renault, dont la circonscription comprend cet îlot rebelle de 1 300 âmes. L’extrême droite n’y présentant aucune liste lors du scrutin municipal à venir, cette bravade nocturne visait plutôt à rappeler combien le parti, en plein essor dans le nord de la France, se tient en embuscade sur les territoires picards encore détenus par la gauche.
A observer l’agacement du maire de la commune, Arnaud Petit, peu après la découverte de ce poster défiant son pré carré électoral, on comprend que le message a été reçu cinq sur cinq. Debout face à l’affiche ni déchirée ni taguée, le communiste de 49 ans accuse le coup. « Jamais, mais jamais, elle n’aurait été épargnée comme ça auparavant. Nos colleurs l’auraient recouverte vite fait bien fait », déplore-t-il, en ne la quittant pas des yeux.
Oui, mais les temps ont changé. Woincourt, comme beaucoup d’autres cités du Vimeu « rouge », cette région de la Somme où la serrurerie et la robinetterie employaient des centaines d’ouvriers syndiqués CGT et proches du Parti communiste français (PCF), ont été saignées par la crise économique. Les militants ont vieilli ; d’autres, déçus par l’« union de la gauche » et ses promesses non tenues, boudent le parti. De relève, il n’est donc pas vraiment question.