« Je n’ai rien vu et je n’ai rien fait de mal », a affirmé l’ancien président américain Bill Clinton, au sujet de ses liens avec Jeffrey Epstein, nombreux et documentés, vendredi 27 février, dans sa déclaration liminaire, publiée sur X, devant une commission d’enquête parlementaire.
« Même avec le recul, je n’ai rien vu qui m’ait alerté », a insisté l’ex-président démocrate, réaffirmant avoir pris ses distances avec le pédocriminel plus d’une décennie avant sa mort, en prison en 2019. Il a assuré n’avoir « eu aucune idée des crimes que commettait Epstein ».
« Il nous a fallu sept mois pour faire venir les Clinton, mais nous les avons enfin et nous avons hâte de leur poser de nombreuses questions », a lancé avant l’audition le président de la commission, le républicain James Comer, qui la veille a mené celle d’Hillary Clinton, alors que les élus démocrates ont répété qu’ils souhaitaient entendre le président Donald Trump, lui aussi un ancien proche du criminel sexuel, notamment sur la base de nouvelles révélations de la presse.
« Soyons honnêtes, nous nous adressons aujourd’hui au mauvais président », a déclaré Suhas Subramanyam, autre membre de la commission. « C’est le président Trump qui bloque notre enquête. C’est le président Trump qui veut étouffer cette affaire. »
Comme celui de l’actuel président, lui aussi âgé de 79 ans, le nom de Bill Clinton, qui a occupé la fonction entre 1993 et 2001, apparaît à de multiples reprises dans le dossier, sans qu’aucun fait répréhensible ait jamais été imputé à l’ancien président. Jeffrey Epstein s’est rendu « 17 fois » à la Maison Blanche sous son mandat, et Bill Clinton a voyagé « au moins 27 fois » à bord de son jet privé, a rappelé James Comer.
Dans des images récemment rendues publiques par la justice, on le voit avec Jeffrey Epstein participer à des événements mondains, mais aussi dans des cadres privés, parfois aux côtés de femmes dont le visage a été masqué. Sur une photo, il est dans un bain à remous.
« Nous posons les questions difficiles à l’ancien président. A son crédit, il a répondu à chacune d’entre elles », a témoigné lors d’une pause Suhas Subramanyam, qui a l’a trouvé « plutôt à l’aise » et donnant « des réponses très longues et réfléchies ».
A plusieurs reprises, Bill Clinton a assuré qu’il ignorait tout des crimes du financier, qui avait plaidé coupable en 2008 de sollicitation de prostitution de mineure et avait été condamné à dix-huit mois de prison – il en fit treize en régime de semi-liberté avant d’être libéré de manière anticipée pour bonne conduite. L’année de la mort en prison de Jeffrey Epstein, en 2019, l’ex-président déclarait que cela faisait plus d’une décennie qu’il ne lui avait pas parlé.
Cette même ligne de défense a été donnée jeudi par son épouse, Hillary Clinton, devant la même commission. Selon elle, « la grande majorité des personnes qui ont eu des contacts avec lui avant ses aveux de culpabilité en 2008 (…) ne savaient pas ce qu’il faisait ».
Vendredi, républicains et démocrates ont fait étalage de leurs désaccords y compris sur le contenu de ce qu’avait dit Bill Clinton à ce stade. James Comer a assuré que l’ancien président avait exonéré l’actuel locataire de la Maison Blanche, quand les démocrates ont estimé qu’il avait au contraire donné des « informations supplémentaires » sur ce dernier.
Le témoignage des époux Clinton clôt des mois de bataille avec le chef de la commission parlementaire. Convoqués en octobre, Bill et Hillary Clinton avaient refusé de se présenter. Menacé par la commission de poursuites pour entrave au Congrès, le couple a finalement accepté début février d’être entendu. Tous deux ont exigé en vain des auditions publiques, mais l’enregistrement de leur audition devrait toutefois être dévoilé.