Sur les crêtes de Cisjordanie, le printemps est arrivé. Le vert des prairies, constellé de fleurs rouges et jaunes, tranche avec le brun de la terre des oliveraies, comme le beige d’une piste du village de Qaryout tranche avec le sang séché qui la macule encore.
Le sang appartenait à Mohammed Mouammar. Il a été tué lundi, vers midi, lors d’une attaque de colons juifs venant de Shilo, une colonie face à Qaryout, de 3 000 habitants. C’était un mécanicien, éleveur et fermier, touche-à-tout comme tout le monde ici, dans ces villages agricoles palestiniens. Cet homme de 52 ans était aussi le père de six enfants, et le frère de Fahim Mouammar, tué au même moment, lui dans le verger. Fahim Mouammar, 48 ans, était chauffeur de bus, et son véhicule stationne encore devant la maison. Trois autres personnes ont été blessées dans l’attaque, dont un autre frère Mouammar, Jamil.
Mohammed Mouammar était athlétique et glabre, son frère plus fin et barbu. Leur mort intervient alors que les Palestiniens de Cisjordanie, zone occupée par l’armée israélienne depuis 1967, subissent deux bouleversements depuis l’attaque menée par le Hamas, le 7 octobre 2023 : de sévères restrictions de déplacement renouvelées à chaque épisode conflictuel, et des colons de plus en plus violents, dont les initiatives contribuent à ce que plusieurs ONG et chercheurs décrivent comme un nettoyage ethnique sans précédent. A tel point qu’en deux ans le gouvernement le plus procolons de l’histoire d’Israël a instauré un véritable régime de terreur en Cisjordanie. Le tout dans une impunité quasi totale. « Lundi, deux suspects palestiniens ont été arrêtés, puis relâchés dans la région de Qaryout, près de Naplouse, soupçonnés d’avoir lancé des pierres sur des civils israéliens », selon le porte-parolat de l’armée. Aucune enquête n’a été ouverte concernant les auteurs des tirs.