D’où vient la puissante joie que procure à ses lecteurs fidèles la perspective d’un nouveau roman de Jérôme Ferrari ? Assurément pas d’une quelconque promesse d’en sortir consolés. Rien non plus qui ait à voir avec la possibilité d’être distraits par la fiction. L’écrivain né en 1968 ne manque pas d’imagination, et il en fait la matière de ses livres, mais ceux-ci ne perdent jamais de vue leur objet, peu compatible avec une vision rassérénante de la littérature : il s’agit toujours, pour l’auteur, de contempler le désastre de l’humaine condition dans ses innombrables modalités.

La détermination avec laquelle son œuvre s’emploie à cet inventaire du malheur, de la chute et de la destruction a de quoi laisser pantois. Comme le fait qu’elle le dresse à coups d’éblouissantes phrases sinueuses, dont la longueur permet de sonder les êtres, de nouer ensemble plusieurs temporalités, de faire droit simultanément à la profondeur et à la drôlerie, aux élans lyriques et aux retombées à pic qui les prémunissent de tout empois. Ce qui enthousiasme tant les admirateurs d’Où j’ai laissé mon âme, du goncourisé Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud, 2010 et 2012) ou d’A son image (Actes Sud, Prix littéraire Le Monde 2018) est cette lucidité qui, pour être douloureuse, ne renonce cependant ni à la beauté, ni à l’humour, ni à la pensée.

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