Comme c’est l’après-midi, ou simplement parce que c’est l’humeur du jour, Faniry Rasolofoniaina est habillé de façon sobre, basique, en cette fin du mois d’octobre, à Antananarivo. Jeans slim noir, chemise cow-boy dans les bleu et orange, rien de phénoménal. Pas de tatouages apparents ou presque. Ce n’est pas sa panoplie des grands jours, ou des longues nuits, puisée dans le placard des métalleux, ces adeptes du heavy metal. Pourtant, dès que Faniry est dans la rue, il y a quelque chose, dans la démarche, l’allure, qui attire l’attention. Comme une vibration nerveuse, qui indiquerait qu’il peut tout à coup sauter sur scène, se saisir d’un micro et entamer à pleine gorge un hymne metal avec son groupe du moment.
On ne sait plus lequel est, au juste, ce groupe du moment. Il y en a eu tellement. Les premiers se sont formés à Toamasina (aussi appelée Tamatave, son ancien nom français), le port de l’est du pays, où il a grandi. Les autres, dont il égrène les noms comme on ouvre le feu, vivent et meurent à vitesse accélérée à Antananarivo, la capitale.
C’est une célébrité, à Madagascar, Faniry, 36 ans, et plus que jamais cette espèce d’incandescence intérieure qui ne demande qu’à s’embraser, magnifique crinière ondulante, belle gueule et yeux de chat cachés derrière de grandes lunettes noires. D’ailleurs, indice sûr de sa place dans le gotha du metal malgache, on le voit faire des grimaces en se rentrant les mains dans la bouche dans le clip de Devl, le petit chef-d’œuvre de 2024 du groupe phare de Madagascar, LohArano.