Dans un monde qui valorise le savoir et l’action, l’espérance – souvent associée à la croyance et à la passivité – est largement dévaluée. Plutôt qu’espérer, mieux vaudrait prévoir, et agir en connaissance de cause. Cela peut s’entendre. Car espérer n’est pas prévoir. Mais c’est peut-être précisément ce qui fait la valeur de l’espérance : elle engage un autre rapport au temps – à l’avenir comme au présent.
Là où la prévision inscrit l’avenir dans la continuité du présent, l’espérance se projette dans un temps autre. Ce n’est plus alors l’avenir qui est déterminé par le présent, mais le présent qui est saisi autrement, à partir d’un avenir qui n’en est pas le prolongement linéaire. Un avenir non pas prévu, mais promis. Que la promesse soit tenue ou non, l’important est d’être en disposition de la faire : cette disposition est performative – elle seule rend possible l’imprévisible. Sans espérance, il n’y a plus que de la prévision, et l’avenir se réduit alors implacablement au cours des choses.
Espérer, c’est ouvrir au cœur de l’être la brèche du « peut-être », et empêcher ainsi que l’être ne se referme en une totalité close. Le « peut-être » de l’espérance peut s’entendre au mode mineur – comme doute et incertitude – mais aussi au mode majeur, comme ouverture d’un pouvoir-être inépuisable. Espérer, c’est tenir ensemble ces deux dimensions.