Nous vivons dans un monde de post-vérité, et rien ne nous sera épargné. Mercredi 7 janvier, nos estimés confrères du Parisien ont commis l’impardonnable en confondant dans une infographie pingouin et manchot.
L’erreur est classique : les anglais appellent penguins ces adorables bébêtes de l’hémisphère Sud aux allures de danseurs de music-hall. Un petit nom que l’on retrouve dans la plupart des langues : pinguim en portugais, pingwin en polonais, penguen en turc… Mais pas en français, où « manchot » s’est imposé depuis le XVIIIe siècle.
Pour ne rien arranger, le mot « pingouin » existe également en français, mais il se rapporte aujourd’hui au « petit pingouin », que les anglais appellent auk, et non penguin : de petits oiseaux à la robe noire et blanche, dotés d’un duvet de plumes et pouvant voler, à qui il manque la noble tenue, l’exquis déhanché et l’irrésistible flegme de leurs homologues du pôle Sud.
Ce méli-mélo taxinomique renvoie à l’époque des grandes explorations. La plus vieille allusion écrite aux sphénisciformes – leur nom scientifique – date de la toute fin du XVe siècle, au début de l’âge d’or de la navigation et de la cartographie. Le Journal du voyage de Vasco da Gama (1497) raconte leur étonnante rencontre sur l’Ilha das Focas (aujourd’hui Seal Island, « l’île au phoque »), au large de l’Afrique du Sud :