Au cœur de la première scène, remarquable, de ce roman (une étreinte sexuelle entre deux jeunes hommes), tintinnabule une note dissonante, légère et persistante, en dépit de l’harmonie des gestes et de l’accord amoureux. Jay voudrait étirer le temps, l’arrêter peut-être, « savourer chaque seconde ». Mais, tout contre lui, le corps de Chuan précipite les choses et, débordé par son désir, accélère l’instant. Pour reprendre le contrôle, Jay parle – trop, en vain.
Quand la narration recommence au chapitre suivant, rebroussant chemin, prenant du recul, le lecteur a la sensation que le texte réussit ce que Jay, emporté par l’ardeur et l’impatience de son amant, a manqué alors. Car Le Sud est le cocon d’un moment décisif, intime, trop rapidement refermé. Plus largement, il est aussi le récit d’un tournant collectif dans la vie de Jay et de sa famille, partis, contrairement à leurs habitudes, passer les vacances d’été dans le sud du pays – la Malaisie –, dans cette petite ferme que le grand-père paternel a curieusement laissée à sa belle-fille. Entre les arbres pourrissants et accablés par la sécheresse, sous un soleil qui semble plus brûlant qu’ailleurs.