Elle arrive toujours impeccable, fraîche et la mise en plis parfaite, mais finit systématiquement la mine toute chiffonnée sur la nappe. La serviette de table n’est pas de sortie pour faire tapisserie. Du premier verre au dernier café, elle éponge les gouttes, absorbe les taches, rattrape les maladresses, et empêche ce que l’étiquette proscrit unanimement, se lécher les doigts.
Sans elle, le repas devient une suite de gestes prudents et de petits risques qui rendent le moment légèrement inconfortable. Les écoles hôtelières ne la traitent donc pas à la légère. Le pliage de serviette y est considéré comme une compétence et s’apprend au même titre que le dressage du fromage ou le pelage d’un fruit. Sérieusement. L’exercice est chronométré et chaque pli compte. La lenteur coûte des points, chaque approximation aussi.
Les repas d’affaires préfèrent les modèles en coton damassé, sobres et classiques, mais hors cadre formel, ce carré de tissu peut se permettre toutes sortes de figures. Sapin de Noël, nœud papillon, trèfle à quatre feuilles ou lapin de Pâques…
« Nos tutoriels sur YouTube sont nos vidéos qui fonctionnent le mieux », confirme Margaux Parmentier, chargée de communication chez Garnier Thiebaut, spécialiste de linge de maison. Plus d’une dizaine d’ouvrages se sont aussi emparés du sujet. En effet, pendant que les plats se font désirer, les hôtes regardent la table?: la serviette participe à cette première impression. Unie, à carreaux, assortie ou dépareillée, elle revient aussi brodée, façon trousseau, ou ornée de motifs stylisés réalisés par des artisans d’art pour les marques Anut Cairo ou Œuvres sensibles de Sarah Espeute.
La serviette de table ne se contente pas d’éviter le pire, elle doit aussi être belle. Les restaurateurs l’ont bien compris. « Aujourd’hui, la table se photographie autant qu’elle se déguste, poursuit Margaux Parmentier. D’où cette volonté de serviettes personnalisées, identifiables, parfois tissées au nom du lieu. » Encore faut-il savoir s’en servir.
La déplier en rectangle et la poser sur ses genoux jusqu’à la fin du repas, la laisser sur le siège, pour signaler que la place est réservée si l’on s’absente. Et ne la laisser reprendre sa place sur la table qu’à la fin du repas, légèrement froissée, à gauche de l’assiette. Dans quelques rares brasseries, comme Le Petit Saint-Benoît, à Paris, elle peut aussi rejoindre l’un des 99 casiers numérotés réservés aux habitués.