La « farce », pour reprendre le mot de la presse italienne, n’aura duré que quatre minutes. Quatre minutes et onze secondes très précisément, avant que les arbitres ne déclarent l’annulation du match. Difficile de faire autrement, alors que l’équipe de basket de Trapani ne dispose plus que d’un joueur sur le parquet. Au coup d’envoi de la rencontre de la 15e journée de Série A, le championnat de première division masculine, face à Trente, samedi 10 janvier, le club sicilien, à domicile, alignait pourtant sept hommes, sur les douze obligatoires. Trois professionnels – Riccardo Rossato, Fabrizio Pugliatti et Adama Sanogo – et quatre issus du centre de formation.
« Trois jeunes de 18 ans et un de 16 ans – tous avec du ruban adhésif sur le maillot pour cacher le nom de l’ancien coéquipier qui l’avait porté – qui, en ce triste samedi soir (…), auraient sans doute préféré faire autre chose que de se faire humilier », déclare Il Fatto Quotidiano. Six secondes après le début du face-à-face contre Trente, samedi, Fabrizio Pugliatti et Adama Sanogo demandent à être remplacés, puis se dirigent immédiatement vers les vestiaires. Vite imités par Riccardo Rossato. Puis, c’est au tour de trois des jeunes de se voir exclus, pour fautes, ne laissant que Flavio Giacalone sur le terrain. Au coup de sifflet, le tableau d’affichage projette 26-11 en faveur des visiteurs.
« Il y a des personnes d’âge mûr qui pleurent dans les tribunes du PalaShark. Des enfants qui sanglotent, serrés dans les bras de leurs parents qui les étreignent fortement, des femmes qui crient : “quelle honte !”, retrace La Gazzetta dello Sport. Des images fortes, en conclusion d’un match (…) qui a écrit l’une des pages les plus tristes du basket italien, mais aussi européen. »
« Appelez cela farce, honte, embarras, bouffonnerie. Comme vous voulez. Ce sont tous des termes appropriés pour définir ce que continue de faire le Trapani Shark, fustige Il Fatto Quotidiano. (…) Le scénario est toujours le même : on reste d’abord à quatre, puis à trois, puis à deux. Puis vient la suspension [de la rencontre]. »
Le barrage aller de la Ligue des champions, face aux Israéliens d’Hapoel Holon quelques jours plus tôt, vient forcément à l’esprit. Là encore, les cinq joueurs siciliens du voyage en Bulgarie – où se déroulait la rencontre le 6 janvier – avaient, successivement, jeté l’éponge. Et la partie s’était achevée après sept minutes et trente-deux secondes, sur le score de 38-5. « Une humiliation mondiale reprise par de très nombreux quotidiens sportifs internationaux », déplore le journal.
Ce samedi est donc « un énième chapitre de la chaotique crise interne que traverse l’équipe sicilienne », sur fond de bras de fer entre son président, Valerio Antonini, et les instances régissant le basket dans le pays, la Fédération nationale (FIP) et la Ligue, explique Sky Sport Italia. Après trente-deux ans d’absence, Trapani a fait son retour en Série A lors de l’exercice 2024-2025.
Mais le club a depuis été lourdement pénalisé pour divers manquements administratifs et son dirigeant suspendu deux ans. Son groupe est décimé entre les blessures, les suspensions, et surtout les départs, volontaires ou résultant de contrats non renouvelés ou rompus. Et chaque rencontre où il n’aligne pas le nombre de basketteurs requis creuse un peu plus son déficit : 50 000 euros d’amende par manquement constaté – 250 000 euros au total, à titre d’exemple, pour le match contre Trente.
La formation, qui a déjà 10 points de sanction au classement, avait déclaré forfait pour le déplacement de Série A à Bologne, le 8 janvier. « Si ses joueurs n’étaient pas entrés sur le terrain et n’avaient pas disputé un deuxième match d’affilée, l’exclusion immédiate du championnat aurait été déclenchée », précise le Corriere dello Sport. « Continuer ainsi est un supplice et n’a aucun sens », juge, de son côté, La Gazzetta.
La FIP a annoncé qu’elle rencontrera la Ligue, lundi 12 janvier, pour examiner le cas du club. Et « prendre des mesures drastiques, à commencer par une exclusion du championnat », prédit le quotidien. L’association des joueurs professionnels, la GIBA, s’est, elle aussi, fendue d’un communiqué : « Nous demandons du respect pour les athlètes de Trapani. Nous ne comprenons pas les raisons de cette obstination à vouloir jouer à tout prix et permettre la tenue de rencontres indécentes qui ne respectent pas les règles minimales d’équité compétitive (…) Nous lançons un appel au club afin qu’une solution soit trouvée immédiatement pour mettre fin à ce qui est en train de devenir une source de honte pour le mouvement du basket et pour tout le système sportif italien. »