L’éventualité que les Etats-Unis rachètent le Groenland, de gré ou de force, comme l’évoque le président américain, Donald Trump, a pour les historiens un petit air de déjà-vu. Le XIXe siècle fut pour le pays en expansion une longue période d’achats de territoires : la Louisiane (à la France) en 1803, puis la Floride (à l’Espagne) en 1819, l’Alaska (à l’Empire russe) en 1867, et les Philippines (à l’Espagne) en 1898.

« L’idée d’acquérir le Groenland n’est pas nouvelle. Elle remonte au XIXe siècle », explique au Monde le spécialiste de l’histoire américaine Henry William Brands Jr, professeur à l’université du Texas à Austin. Elle était associée à l’acquisition de l’Alaska, alors sous contrôle russe.

« Certains stratèges américains pensaient que [si les Etats-Unis devenaient] propriétaires de l’Alaska à l’ouest et du Groenland à l’est, cela exercerait une pression sur le Canada britannique, la véritable cible des Américains expansionnistes. » L’historien rappelle que Washington avait déjà tenté à deux reprises d’acquérir le Canada : d’abord pendant la guerre d’indépendance (1775-1783), puis lors de la guerre anglo-américaine de 1812, se heurtant au refus des Canadiens, protégés par la Grande-Bretagne. L’offensive reprit avec le rachat de l’Alaska en 1867. William Seward, qui fut secrétaire d’Etat sous les présidences d’Abraham Lincoln et d’Andrew Johnson, l’acquit pour 7,2 millions de dollars. L’affaire, qualifiée de « folie de Seward », suscita un tollé à Washington.

« L’accueil fut si négatif aux Etats-Unis que William Seward abandonna l’idée qu’acheter le Groenland serait une bonne chose », relate H. W. Brands. Surtout, cette même année 1867, la Grande-Bretagne accorda l’autonomie au Canada. « Les Etats-Unis ne pouvaient donc plus prétendre vouloir libérer le Canada », rappelle l’universitaire. Il fallut attendre la guerre froide et la découverte de pétrole dans les années 1960 pour que cette opération trouve grâce aux yeux des Américains.

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