L’hiver 2030 peut paraître lointain. Le temps presse pourtant déjà pour les Jeux olympiques et paralympiques (JOP) des Alpes françaises. Mardi 13 janvier, dans l’après-midi, l’Assemblée nationale est appelée à se prononcer, par un vote solennel, sur le projet de loi relatif à l’organisation des JOP 2030.

Le texte – d’une quarantaine d’articles – permet, entre autres, des dérogations au droit commun en matière d’urbanisme (recours à des procédures d’expropriation simplifiées), de commande publique, d’environnement, de sécurité (utilisation de la vidéosurveillance algorithmique), de logement ou encore de travail dominical. Son objectif : accélérer les procédures et « sécuriser juridiquement » la préparation de l’événement, rappelait la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, Marina Ferrari, avant la présentation du projet de loi dans l’Hémicycle, le 15 décembre 2025.

Si aucun chantier structurant ne doit sortir de terre avant 2027, « plus on attend, plus on court le risque que les chantiers nous coûtent, parce qu’il va falloir qu’on travaille en deux-huit, voire en trois-huit », avait aussi fait valoir Mme Ferrari devant la commission des affaires culturelles. Et il faudra livrer, quoi qu’il arrive, les derniers équipements à l’automne 2029.

Adopté le 24 juin 2025 par le Sénat, le projet de loi olympique a déjà été largement modifié par les députés, avec plus de 300 amendements déposés. Parmi eux figure le rétablissement de l’article 5, prévoyant que les deux régions hôtes (Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur) puissent porter, aux côtés de l’Etat, une garantie financière en cas de déficit.

Le texte sanctuarise justement la contribution de l’Etat à l’organisation des JOP (362 millions d’euros), mais aussi sa garantie en cas de report voire d’annulation de l’événement, ou d’un éventuel déficit du comité d’organisation (Cojop) – les Jeux d’hiver étant structurellement déficitaires –, dans la limite de 515 millions d’euros.

Il reste que la traduction comptable de l’engagement de l’Etat, comme celui des régions hôtes, relève de l’article 60 du projet de loi de finances pour 2026, qui n’a pas encore été adopté. Et loi olympique ou non, sans budget, pas de garantie concrète.

Les élus La France insoumise et Les Ecologistes n’ont pas fait mystère de leur vive opposition au projet de loi olympique. Mais celui-ci devrait bénéficier du soutien du bloc central, de la droite et du Rassemblement national. Les socialistes pourraient également se prononcer en sa faveur, ou, pour certains, s’abstenir. En cas d’adoption du texte amendé mercredi, il reviendrait à une commission mixte paritaire, composée de députés et sénateurs, de s’accorder sur la version finale.

Valider ce projet de loi est une nécessité pour ne pas prendre de retard, a insisté Mme Ferrari. D’autant que les Alpes 2030 ne cessent d’accumuler les contretemps. Le mois de décembre 2025 a été marqué par des soubresauts internes. D’abord, la démission de la directrice des opérations au sein du Cojop, Anne Murac, puis les départs des administrateurs Tony Estanguet et Martin Fourcade, ainsi que la décision du président du conseil départemental de Savoie, Hervé Gaymard, de suspendre sa participation aux réunions de préparation jusqu’à nouvel ordre, refusant d’être considéré comme une « variable d’ajustement budgétaire » au projet.

A cela s’ajoute un mécontentement populaire. Des citoyens organisés en collectif estiment qu’à l’heure où l’argent public se fait rare, il devrait être d’abord fléché vers les premières nécessités, dont les services publics, et que les populations n’ont pas eu leur mot à dire sur les changements imposés à leur cadre de vie.

A la fin de novembre 2025, le comité de contrôle de la convention d’Aarhus sur la « démocratie environnementale » – qui dépend des Nations unies – a jugé recevable la requête de collectifs de citoyens et d’élus reprochant aux autorités le manque de concertation sur le projet des Alpes 2030. L’instance a donné un délai de cinq mois à Paris pour présenter des arguments complémentaires. Dans la continuité de cette décision, les tribunaux administratifs de Lyon et de Marseille, devant lesquels ont été intentées des actions, ont enjoint aux organisateurs des Jeux d’hiver d’expliquer comment ils comptaient organiser la consultation publique réclamée.

Un aspect très présent lors de l’examen du projet de loi olympique à l’Assemblée nationale, en décembre. Son article 12 encadre notamment ledit « processus de participation du public aux décisions ayant une incidence sur l’environnement ».« J’ai pu entendre ici où là qu’il n’y aurait pas de consultation du public. Cette loi non seulement le permet mais elle l’organise », a fait valoir dimanche sur France 3 Alpes, la ministre des sports.

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