Le déficit démographique, un défi politique

L’évolution des tendances de la démographie est lente par définition, mais il est des moments où les statistiques, dans leur froideur, traduisent des inflexions humaines historiques. Tel est le cas de la publication, mardi 13 janvier, du bilan démographique de l’Insee pour 2025. Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, indique cette étude annuelle, le nombre de décès excède celui des naissances. Jamais, depuis 1942, les naissances n’ont été aussi peu nombreuses.

Au-delà du symbole, ce croisement de courbes alerte sur le vieillissement de la population du pays. Les personnes âgées de plus de 65 ans seront bientôt plus nombreuses que celles de moins de 20 ans. Quatorze ans après le début de la chute de la natalité, la France, qui a longtemps fait figure d’exception en Europe pour la vitalité de sa démographie, affiche le nombre moyen d’enfants par femme (1,56) le plus faible depuis 1918, bien inférieur au seuil de renouvellement. L’immigration reste le principal moteur de la croissance démographique.

Historique pour la France, ce choc démographique s’inscrit dans une tendance mondiale de décroissance de la natalité corrélée au niveau de développement. Spectaculaire sur tous les continents sauf l’Afrique, ce mouvement confirme le fait que la croissance économique et l’amélioration des niveaux de vie, après avoir stimulé l’essor de la population, notamment par la baisse de la mortalité, ont fini par produire l’effet inverse, tant en raison de l’évolution des modes de vie et des mentalités, que du fait des difficultés matérielles et des inquiétudes sur l’avenir du monde.

En France comme en Europe, la substitution progressive, depuis les années 1970, du « désir d’enfant » au « devoir d’enfant », qui, pendant des siècles, a conduit à désigner les femmes comme les seuls agents de la natalité, constitue un immense progrès, qui renforce les responsabilités parentales et alourdit le choix de procréer.

Le choix de fonder, d’agrandir ou non une famille dépend de très multiples facteurs dont aucun ne peut être isolé. Si l’angoisse climatique et géopolitique peut peser, de même que l’insuffisance des structures de garde d’enfants, la précarité croissante du travail et de ses horaires ainsi que la grave crise du logement qui sévit en France pèsent lourdement et constituent des domaines d’action politique à privilégier en urgence, de même que l’éducation à la parentalité et l’aide aux familles monoparentales. Une politique d’immigration maîtrisée assortie de solides mesures d’intégration est aussi une partie de la réponse possible.

Car il n’est pas besoin d’entonner le refrain du prétendu « déclin » français – la tendance est planétaire – pour reconnaître la gravité des conséquences de la crise démographique. Le système de retraite par répartition auquel les Français sont attachés est mis en péril par le déséquilibre croissant entre contributeurs et bénéficiaires. Le vieillissement de la population pèse sur les comptes et le dynamisme du pays. Maniant l’euphémisme, la Cour des comptes a pointé en décembre 2025 « une forme de myopie », en décrivant l’incapacité française à admettre le poids de la démographie en matière de finances publiques.

Le constat vaut pour tous les sujets. Du logement aux retraites, de l’éducation aux conditions de travail, de la protection sociale à la place de la France dans le monde, aucun domaine de l’action politique ne devrait être considéré indépendamment de l’enjeu démographique.

Recomendar A Un Amigo
  • gplus
  • pinterest
Commentarios
No hay comentarios por el momento

Tu comentario