Dans Les Métamorphoses de la Terre, Peter Frankopan est d’une ambition folle. Le médiéviste, byzantiniste et professeur d’histoire globale à Oxford n’entend rien de moins que retracer la manière dont l’environnement a modelé, depuis leur apparition, les sociétés humaines et dont ces dernières l’ont transformé jusqu’à atteindre, aujourd’hui, un point de non-retour.
On retrouve dans cette fresque de près de 1 000 pages ce qui avait fait le succès retentissant des Routes de la soie (Nevicata, 2017), où il déplaçait ce qu’il nommait « le cœur du monde » de la Méditerranée et de l’Europe vers l’Asie, entre la mer Noire et l’Himalaya. Ainsi, l’histoire climatique mondiale que Peter Frankopan met ici en œuvre n’oublie à aucun moment les régions appelées à souffrir le plus durement des conséquences d’une révolution industrielle née en Occident.
Mais l’historien étend surtout son spectre chronologique, puisque le récit ne commence pas avec l’Antiquité, mais il y a 4,5 milliards d’années, quand notre planète se forme, appelant le lecteur à un décentrement radical : l’humanité ne représente, à cette échelle, qu’un battement de cils et sa réussite a, dès l’origine, été conditionnée par le cycle hasardeux et incontrôlable des catastrophes et des changements climatiques. Frankopan entend dès lors réarticuler données climatiques et histoire de l’humanité.
Ce faisant, il rappelle à nos civilisations urbaines et industrielles une leçon qu’elles paraissent avoir oubliée : leur inéluctable dépendance vis-à-vis de leur milieu. Le récit des oscillations climatiques, des éruptions volcaniques, des tempêtes solaires et de la place exacte qu’elles ont pu jouer dans le sac et le ressac des sociétés humaines permet de mettre en exergue le retournement des derniers chapitres, patiemment préparé par l’auteur : l’humanité est, depuis la révolution industrielle, désormais responsable du péril climatique qui menace son existence. A nous, donc, de trouver les bonnes solutions. Ma. De.