Il faut saluer la décision de pays européens d’effectuer symboliquement un exercice militaire conjoint avec le Danemark sur le territoire autonome du Groenland. Le temps presse pour éviter une crise aux conséquences encore incalculables de part et d’autre de l’Atlantique. La rencontre à Washington, mercredi 14 janvier, des ministres danois et groenlandais des affaires étrangères, Lars Lokke Rasmussen et Vivian Motzfeldt, avec le secrétaire d’Etat Marco Rubio et le vice-président J. D. Vance, s’est en effet conclue sur le constat d’un « désaccord fondamental », selon le chef de la diplomatie du Danemark.
Cette tension est le fait d’un seul homme, Donald Trump. En s’obstinant à vouloir s’emparer de la grande île, par tous les moyens, le président des Etats-Unis témoigne d’une irresponsabilité coupable et condamnable. On ne peut que regretter que personne, dans son entourage, n’ait la volonté ou plutôt le courage de le lui dire.
L’explication fournie par cet homme sans surmoi, au cours d’un entretien accordé au New York Times, donne le vertige. A l’en croire, Donald Trump veut posséder le Groenland parce que « c’est ce qu’[il] ressen[t] psychologiquement comme nécessaire pour réussir ». De toutes les raisons avancées dans le désordre pour justifier une telle violation de la souveraineté d’un allié – menaces géopolitiques russes et chinoises, présence abondante de minerais stratégiques, mise en place d’un bouclier antimissile pour sanctuariser les Etats-Unis –, c’est sans doute la plus conforme à la nature de ce président, ce qui la rend particulièrement inquiétante.
Rien, absolument rien, ne saurait étayer la position officielle américaine. Le Groenland est un territoire autonome rattaché à un membre de l’OTAN, le Danemark, dont la souveraineté sur l’île a été reconnue par les Etats-Unis depuis plus d’un siècle. Le premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, s’exprimant au nom de ceux qui l’ont élu, a indiqué on ne peut plus clairement le 13 janvier que, en cas de crise, ces derniers choisiront le Danemark plutôt que les Etats-Unis.
Le royaume danois, faut-il le rappeler, a toujours fait preuve d’un atlantisme irréprochable, accompagnant fidèlement les Etats-Unis dans toutes leurs aventures guerrières, même les plus hasardeuses. Un traité permet déjà à Washington, depuis des décennies, de prendre toutes les dispositions nécessaires pour renforcer et développer la base dont il dispose sur la grande île sans qu’il soit nécessaire de provoquer une telle déflagration.
Le Danemark a fait part de sa volonté d’augmenter sa propre présence militaire, et un engagement plus important dans cette zone stratégique des autres membres européens de l’OTAN démontrera une volonté accrue de prendre en charge leur sécurité, soit précisément ce qu’exige l’administration américaine. Dernier détail, cette dernière ne peut même pas avancer à l’encontre du Danemark l’accusation de pusillanimité sur les questions d’immigration dont elle abreuve les membres de l’Union européenne, compte tenu des politiques particulièrement restrictives défendues par la première ministre, Mette Frederiksen.
Le refus de ces faits dit le caractère irrationnel que revêt désormais le Groenland pour Donald Trump. Savoir résister à des obsessions sans fondement est pourtant un préalable pour tout homme d’Etat.