Professeur d’études arabes et islamiques à l’université de Münster, Thomas Bauer a obtenu plusieurs distinctions scientifiques de premier plan en Allemagne. Paru en 2011, son ouvrage Culture de l’ambiguïté. Une autre histoire de l’islam a ainsi reçu ainsi le prix Leibniz, la plus prestigieuse récompense accordée à un travail de recherche outre-Rhin.
Les Editions Fenêtres, jeune maison qui se consacre à la publication de livres de sciences humaines portant sur le monde musulman, ont publié en 2025 la traduction française de cet ouvrage d’une grande exigence théorique (532 pages, 23 euros). A rebours d’une représentation de l’islam comme religion dogmatique ne laissant pas de place à la nuance, Thomas Bauer y défend l’idée que, durant des siècles, le monde musulman s’est montré d’une grande « tolérance à l’ambiguïté », laquelle a ensuite considérablement reculé à l’époque contemporaine.
Au fil des nombreuses années que j’ai consacrées à étudier à la fois la littérature arabe classique et des textes religieux musulmans, j’ai été confronté régulièrement à des paradoxes, comme lorsque des maîtres religieux très pieux écrivaient en même temps des poèmes absolument frivoles. En essayant d’analyser cette apparente contradiction, je suis tombé sur le concept de « tolérance à l’ambiguïté » développé en psychologie. Il m’a semblé que cette notion, qui concerne initialement l’individu, pouvait s’appliquer à des sociétés dans leur ensemble.