Après une année 2025 marquée par des changements de direction artistique à la tête des plus grandes marques, la mode renoue en 2026 avec une forme de normalité. En témoigne cette nouvelle fashion week masculine qui se tient de mardi 20 à dimanche 25 janvier à Paris. Au programme, 35 défilés et 32 présentations – soit trois événements de moins que la saison précédente de juin 2025 – et pas de « première fois » : les designers ont tous réalisé au moins une collection au poste qu’ils occupent.
Comme de coutume, le calendrier est dense et fait preuve d’une vraie diversité dans son offre : il y a les grosses productions de Dior et de Vuitton, des marques étrangères fortes d’une proposition stylistique singulière (Rick Owens, Comme des garçons, Willy Chavarria…), des griffes françaises au vestiaire fonctionnel et aux ambitions internationales (AMI, Lemaire, Officine générale).
Mais il y a aussi des absents, des marques qui font l’économie d’un défilé en montrant leur collection masculine pendant leur show femme, lors d’une présentation, ou en publiant un lookbook (une série de photos rassemblant les silhouettes). C’est le cas, par exemple, de quatre marques de LVMH : Celine, Loewe, Kenzo et Givenchy. La rationalisation des coûts ne touche cependant pas toutes les griffes du groupe. Les deux premiers jours de cette saison automne-hiver 2026-2027 ont été marqués par les efforts déployés pour les défilés de Vuitton et de Dior, les deux plus grosses maisons de mode du conglomérat.
Au premier jour de la fashion week, Vuitton a défilé à domicile, dans sa fondation au bois de Boulogne : 1 004 invités – parmi lesquels Bernard Arnault, Brigitte Macron, les rappeurs Gims et Chris Brown – ont été réunis dans une immense tente en forme de caisse en bois, de celles qui servent à transporter des œuvres d’art. A l’intérieur, pas de tableaux ni de sculptures, mais un gazon fleuri et, au milieu, une vraie maison de quatre pièces, aux murs en verre et aux meubles designés par Pharrell Williams, le directeur artistique des lignes masculines de Vuitton qui devrait recevoir la Légion d’honneur vendredi 23 janvier des mains d’Emmanuel Macron. Avec ses formes arrondies, ses murs en bois clair, son minimalisme assumé (la décoration se limite à quelques bouquets champêtres), elle donne un avant-goût de la collection.
« C’est un luxe fonctionnel, et c’est ça qui le rend intemporel, affirme Pharrell Williams, qui, pour une fois, n’a pas voulu se laisser inspirer par un voyage. Je voulais des tissus et même des cuirs qui soient performants, qui fassent plus que simplement être beaux ou représenter la marque. Qu’ils soient capables de vous garder au frais ou au chaud, d’absorber la transpiration ou d’être imperméables. » Le travail sur les matières est visible dès le début du défilé, lorsqu’un chœur gospel arrive dans la pénombre, vêtu de tuniques noires illuminées par un monogramme LV phosphorescent.
La collection pléthorique et très portable propose des manteaux en laine formels qui réfléchissent la lumière, des chemises en flanelle respirantes, des hauts en aluminium froissés, des coupe-vent et des doudounes déperlantes en soie, mais aussi – Vuitton faisant partie des rares marques à ne pas avoir arrêté la vraie fourrure ni les peaux exotiques – une polaire zippée en vison ou un bomber en crocodile, mou comme de l’agneau. C’est à la fois luxueux et décontracté. Les silhouettes oscillant entre tailoring et streetwear, avec un torse court et des jambes allongées par des pantalons évasés, reflètent le goût de Pharrell Williams. Au fil des saisons, le designer américain, en poste depuis 2023, affine sa proposition, moins bling-bling, plus subtile.
Mercredi 21 janvier, Dior a rassemblé quelque 700 personnes dans les jardins du Musée Rodin, avec une liste de VIP spectaculaire (de Lewis Hamilton à Louis Garrel en passant par les stars de K-pop). Sous la tente rectangulaire, le strict nécessaire : de longs rideaux de velours cachent les murs, une peinture métallisée recouvre le parquet et des tabourets – un dépouillement qui invite à se concentrer sur le vêtement. La collection a de quoi surprendre. Alors que le premier essai de Jonathan Anderson, en juin 2025, gardait une forme de prudence en équilibrant à parts égales le commercial et l’expérimental, cette fois, le créateur britannique laisse libre cours à sa créativité.
Inspiré par le couturier Paul Poiret, que Christian Dior admirait, mais aussi par le chanteur américain de rock indé Mk.gee, Jonathan Anderson a imaginé une série de personnages à l’accoutrement à la fois fastueux et étrange. Les motifs géométriques ou orientaux de Paul Poiret se retrouvent brodés sur des tops chatoyants vert fluo ou jaune acide, ou sur des capes boules arrimées à des parkas XL ; des épaulettes à franges en strass s’accrochent sur des chemises à carreaux ; le tailleur Bar, signature de la marque, est présenté sous un format rétréci… L’extravagance vestimentaire est soulignée par les perruques jaunes ou hérissées que portent tous les mannequins.
« Je ne veux pas de normalité. Dior est une marque de mode, le défilé doit lancer des idées qui vont au-delà de la réalité de la boutique », affirme Jonathan Anderson. On retrouve cette saison sa passion pour les dissonances, les sous-cultures, et sa recherche autour des volumes qui caractérisaient son travail chez Loewe et qui ont bâti sa réputation de créateur génial. Reste que, pour l’instant, ses fulgurances ont du mal à s’intégrer au répertoire classique de Dior. Renouveler le style d’une maison est un exercice bien plus périlleux que de se contenter de faire un joli vestiaire. Mais les jolis vestiaires n’ont jamais marqué l’histoire de la mode.