Trois heures que Farnaz (tous les prénoms ont été modifiés) a les yeux rivés sur le tableau d’affichage des arrivées à l’aéroport d’Istanbul (Turquie), jeudi 15 janvier. De nationalité iranienne, venue spécialement de Londres, l’étudiante a suivi avec angoisse la répression meurtrière du régime iranien dans son pays. Elle a craint, jusqu’au dernier instant, l’annulation du vol de ses parents en provenance de Téhéran par la compagnie aérienne Mahan. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les vols commerciaux avaient été suspendus pendant quelques heures au-dessus de l’Iran sous la menace d’une intervention militaire américaine, mais le trafic a progressivement repris.
Une valise à la main, une femme de petite taille coiffée d’un serre-tête apparaît à l’ouverture des portes automatiques. Son visage s’éclaire à la vue de sa fille, Fernaz, mais les cernes sous ses yeux trahissent de longues nuits de veille. « Ce qui se passe est indescriptible », lâche-t-elle, dans un souffle. Habitants de Téhéran, son mari et elle sont tous les deux professeurs de sciences en lycée. Ils n’ont pu s’empêcher de descendre dans la rue les 8 et 9 janvier, portés par l’euphorie qui régnait dans la capitale.