Tous les parents du monde imposent des choses à leurs enfants – des horaires, une langue, des règles, parfois une religion ; et tous leur imposent aussi des habitudes alimentaires, bonnes ou mauvaises. Mais, en France, l’amour de la viande étant ce qu’il est (passionné, patrimonial, volontiers viril), le végétarisme continue d’apparaître comme une forme de dissidence. Elever son enfant en végétarien, c’est s’exposer à passer pour le parent pénible « qui complique tout ».
De fait, seuls 8 % des Français se déclarent végétariens. On le constate à chaque fois qu’il est question, par exemple, de proposer des menus végétariens à la cantine : la viande cristallise des enjeux plus larges d’identité culturelle, de convictions religieuses, morales et éthiques. En 2021, la décision de la municipalité de Lyon de servir, temporairement, un menu unique sans viande dans les cantines avait déclenché une polémique nationale. « Idéologie scandaleuse », avait tweeté Gérald Darmanin. Au nom d’une politique « moraliste et élitiste », les écologistes excluraient les classes populaires des cantines scolaires, car « de nombreux enfants n’ont souvent que la cantine pour manger de la viande », écrivait le ministre de l’intérieur de l’époque.