Faye Steiner va bientôt mourir. Elle le sait, le cancer du pancréas qu’on lui a diagnostiqué est incurable. Etre la femme d’un éminent oncologue américain n’y changera rien. Au Nouveau-Mexique, où elle vit, elle peut choisir le suicide assisté. Sa décision est prise. « C’est brutal, mais c’est ma vie, explique-t-elle à Anouk dans l’une de ses lettres. Et c’est ma mort aussi. On a toujours attendu de moi que je sache quoi faire. Eh bien voilà, je sais. » De cette correspondance entre une sexagénaire en fin de vie et une jeune femme accablée par un chagrin d’amour, Clarisse Gorokhoff fait la matrice d’un roman surprenant, un peu retors, assez ambigu, néanmoins porté par la confiance dans le pouvoir libérateur des mots. Un texte dont le sens se donne et se dérobe tout à la fois. Un dispositif qui maintient la possibilité du pire et préserve celle de la réconciliation.
Femmes tout au bord est un livre des lisières. Chacune des héroïnes se tient comme en bordure de forêt, hésitant à y pénétrer, craignant de s’y perdre, espérant s’y trouver. Qu’est-ce qui sépare la folie de l’audace ? Vaut-il mieux risquer de se brûler les ailes ou se consumer dans la souffrance et l’insatisfaction ? Qu’est-ce qui distingue les silences qui nous protègent de ceux qui « nous dévorent » ? C’est à ces questions jamais clairement formulées que Faye semble vouloir répondre en correspondant avec Anouk, jeune Française qu’elle n’a pourtant jamais rencontrée. Faisant de la jeune femme la dépositaire de ses secrets, elle cherche le sens de sa propre vie autant qu’elle en transmet l’élan à une interlocutrice désorientée et esseulée. « T’écrire, lui dit-elle, c’est comme m’écrire à moi-même. Et comme je ne me parle plus beaucoup, tu es devenue ma voix intérieure. » Les motivations de la jeune femme sont quant à elles un peu troubles : Faye n’est autre que la mère de l’homme qui vient de la quitter. La correspondance lui permet de mettre des mots sur sa peine ou d’entretenir le souvenir de sa passion amoureuse.