L’enlèvement de Nicolas Maduro ouvrira-t-il les yeux des Européens sur la réalité de la politique du président Trump ? L’Europe a déjà deux adversaires de taille : la Russie et la Chine. La première mène contre elle une guerre hybride dont l’invasion de l’Ukraine n’est qu’une composante, complétée par des actions de sabotage et des opérations de désinformation. La deuxième, plus subtilement, mélange rhétorique du gagnant-gagnant et intimidation pour dominer les Européens en les divisant, afin de déverser sur le continent les marchandises qu’elle ne peut plus vendre aux Etats-Unis, et prendre le contrôle d’entreprises stratégiques. Les Etats-Unis sont maintenant le troisième prédateur à vouloir dépecer une Europe dépendante et faible.
Les Européens ont du mal à l’admettre, car la construction européenne est depuis l’origine liée au lien transatlantique. Et construire l’Europe sans les Etats-Unis, voire contre eux, relève de l’impensable. L’intégration européenne, projet éminemment politique, n’aurait pas été possible sans la création de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Celle-ci a en effet permis aux Européens de diluer dans l’alliance avec les Etats-Unis leur défense, sujet extrêmement sensible puisqu’il implique un abandon de souveraineté.
La stratégie de sécurité nationale américaine, dont la mise sous tutelle du Venezuela est la première illustration concrète, est pourtant d’une parfaite clarté. L’Europe est un adversaire idéologique et géopolitique à abattre. Elle veut contenir par le droit la force des nationalismes. Elle est une puissance commerciale et normative capable de limiter la suprématie américaine, en particulier dans les nouvelles technologies. Et elle pourrait affaiblir la puissance du dollar si l’euro devenait une véritable alternative.