Serge Tisseron, psychiatre : « Découvrir les réseaux sociaux après 15 ans ne protège de rien »

Depuis le 10 décembre 2025, les Australiens âgés de moins de 16 ans n’ont plus accès aux réseaux sociaux, une première mondiale. Bien qu’il n’existe aucun recul sur les effets concrets de cette loi, le président de la République, Emmanuel Macron, a décidé qu’une législation semblable devait s’appliquer en France. Il est bien sûr nécessaire de protéger les jeunes des risques des réseaux, mais l’interdiction seule, sans aucun moyen d’accompagnement annoncé, est-elle la mesure la plus adaptée ?

Malheureusement, le débat s’est polarisé ces derniers mois autour de deux options seulement : le statu quo ou l’interdiction. Face à un antagonisme aussi simpliste, on ne s’étonnera pas que même certains jeunes préfèrent l’interdiction, sans partager pour autant la vision catastrophiste de leurs aînés à l’égard des réseaux.

Pour sortir de cette opposition binaire, rappelons plusieurs faits.

Tout d’abord, Emmanuel Macron se réclame de la loi sur la majorité numérique à 15 ans votée en 2023 – qui n’avait pas pu être mise en œuvre en raison d’un blocage européen. Mais en réalité, ce texte n’obéissait pas à la même logique que la proposition actuelle. Il rendait indispensable l’autorisation des parents pour qu’un mineur n’ayant pas atteint cet âge s’inscrive sur un site, et se voulait donc responsabilisant et respectueux de l’opinion des parents sur la maturité de leurs enfants, avec pour effet d’encourager le dialogue familial : les enfants voudraient évidemment convaincre leurs tuteurs de leur donner accès aux sites de leur choix. La loi permettait également une installation progressive de l’interdiction en fonction des alternatives aux écrans présentes dans l’environnement des familles.

En second lieu, il existe des propositions au niveau européen, telles que la régulation, le dégroupage et le paramétrage, qui permettraient aux usagers une utilisation plus libre et éclairée des réseaux sociaux. L’Australie compte environ 27 millions d’habitants et ne dispose d’aucun moyen de pression sur les Gafam [Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft]. L’Europe, elle, en compte 450 millions. Elle a le pouvoir de faire évoluer les plateformes, elle ne doit pas y renoncer. Le problème, ce ne sont pas les réseaux sociaux, c’est leur modèle financier dérégulé, basé sur l’économie de l’attention, qui cherche à capturer toujours plus de données des utilisateurs.

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