A l’aide de tracteurs, de bottes de paille et de fumier, les agriculteurs ont érigé une dizaine de barrages, mercredi 7 janvier, sur les principaux axes autour de Toulouse, malgré un déploiement important des forces de l’ordre, dans le but de « paralyser » la métropole pour défendre leur métier en pleine crise, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).
Alors que les ministres de l’agriculture des Vingt-Sept se réunissent, mercredi, au sujet de l’accord avec le Mercosur, les agriculteurs accentuent la pression contre le gouvernement en « bloquant entièrement » Toulouse « tant qu’[il n’y] n’aura pas de réponse », a déclaré à l’AFP Lionel Candelon, membre de la direction nationale de la Coordination rurale (CR).
« C’est une guerre d’usure. On est déterminés à faire le nécessaire pour avoir des réponses et être entendus », a lancé Pierre Solana, 37 ans, éleveur du Gers. Le cortège est composé d’une centaine de véhicules, dont une quarantaine de tracteurs et de bennes, bloqués en rase campagne par les forces de l’ordre, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Toulouse. « Il faut vraiment qu’on trouve une solution pour sauver l’agriculture française », expliquait au petit matin l’agriculteur, parti vers minuit d’Auch, à 70 kilomètres de Toulouse, dans un convoi de la CR dont l’avancée a été « bloquée à plusieurs reprises ».
En prévision de cette mobilisation annoncée, le préfet de la région Occitanie et de la Haute-Garonne, Pierre-André Durand, a pris plusieurs arrêtés d’interdiction, en raison du « risque de troubles à l’ordre public », des « potentielles perturbations de la circulation des services de secours ainsi que de la vie économique régionale ».
Malgré les interdits, des dizaines d’agriculteurs perturbent la circulation du nord au sud de Toulouse. « L’idée, c’est de converger vers Toulouse et d’être dans une action de perturbation, qu’on déplore », a dit Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA Haute-Garonne, qui appelait à la mobilisation avec les Jeunes Agriculteurs (JA), la CR et la Confédération paysanne.
Au nord-est de l’agglomération toulousaine, l’A68 en provenance d’Albi a été coupée par un barrage d’une douzaine de tracteurs au péage de l’Union, face aux gendarmes, provoquant des heures de bouchons vers Toulouse. Sur le périphérique toulousain, les agriculteurs ont déversé du fumier et allumé un feu, bloquant entièrement la circulation à l’aube, à hauteur de Balma, entraînant des perturbations importantes jusque sur l’A61 au sud-est de l’agglomération.
Des barrages ont également été érigés sur l’A64 au sud, aux portes de Toulouse, et plus à l’ouest, où les agriculteurs de Haute-Garonne tiennent une portion d’autoroute depuis décembre à hauteur de Carbonne. « C’est un ras-le-bol total », a affirmé Enzo, agriculteur des JA sur le barrage de l’A68. « On veut que nos bêtes ne soient plus abattues (…). On veut que le Mercosur ne soit pas signé non plus. Et la taxe des engrais aussi, on ne veut pas qu’elle passe. On nous a fait beaucoup de promesses, visiblement maintenant plus personne ne nous écoute. »
« On est très étonnés d’un tel déploiement de moyens, parce qu’on a dit que la manifestation était pacifique et on s’est retrouvés bloqués par endroits », a déclaré le président de la CR, Bertrand Venteau, sur France Inter. Il a évoqué les convois en route vers Paris, où les agriculteurs ont prévu d’entrer jeudi. « Même en sous-marin par la Seine, on va y arriver. On aura peut-être perdu des troupes, mais on arrivera dans Paris sur des lieux symboliques pour porter nos doléances », a-t-il ajouté, prévenant également vouloir « rentrer pacifiquement » dans Paris jusqu’à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Les agriculteurs réclament notamment la vaccination généralisée et l’arrêt des abattages systématiques lorsqu’un cas de DNC se déclare dans un troupeau. Ils s’opposent également au projet d’accord de libre-échange préparé entre l’UE et les pays latino-américains du Mercosur, que la Commission européenne pourrait signer le 12 janvier. « Le compte n’y est pas » du point de vue de la France, a prévenu mercredi le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad. La France a « obtenu des améliorations » au profit de ses agriculteurs, mais « on continuera à se battre », a-t-il prévenu sur France 2.