Le président du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, a lancé, mercredi 7 janvier, un avertissement à Emmanuel Macron en affirmant que s’il « votait pour » l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur il prendrait le « risque d’une censure du gouvernement » de Sébastien Lecornu.
Cette mise en garde s’ajoute à une série d’autres commentaires de personnalités politiques, de La France insoumise (LFI) au Rassemblement national (RN), qui exhortent le président de la République à ne pas accepter cet accord commercial avec le bloc latino-américain dénoncé, notamment, par les agriculteurs français.
« Ce que je dis solennellement, c’est que si le président de la République vote pour le Mercosur, après toutes ses déclarations, il prend le risque d’une censure », a affirmé l’ancien ministre de l’intérieur lors d’une conférence de presse où il a présenté son programme économique. Le patron de LR a refusé d’appeler d’ores et déjà la cinquantaine de députés de son parti, avec qui il entretient des relations tendues, à voter la censure du gouvernement, assurant qu’il « faut d’abord voir quel sera le vote du président de la République ».
Emmanuel Macron s’était félicité en décembre du report de la signature de l’accord, demandant que les « avancées » réclamées par la France se concrétisent.
Une réunion cruciale a lieu, mercredi à Bruxelles, entre les ministres de l’agriculture des Vingt-Sept, et un vote des Etats membres est attendu vendredi. L’exécutif français n’a pas encore dit clairement qu’il voterait contre. Le traité, « ni juste ni équitable », est « inacceptable en l’état », a réaffirmé mercredi la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, au Sénat.
Si elle a salué « des avancées » sur la « clause de sauvegarde » réclamée par la France, elle a redit que « le compte n’y [était] pas » sur les « mesures miroirs » visant à faire respecter aux produits agricoles importés les mêmes normes sanitaires et environnementales qu’en Europe. « Donc, nous verrons les avancées qu’il y aura dans la dernière ligne droite », a-t-elle déclaré. « Quand c’est flou, il y a un loup. Il n’y a rien de clair dans ce que vous nous avez énoncé », lui a rétorqué la sénatrice (LR) Frédérique Puissat.
Le vote se fait à la majorité qualifiée des Etats de l’UE, et si l’Italie finit par accepter l’accord, comme elle semble en prendre la direction, la France risque d’être trop isolée pour bâtir une minorité de blocage. Quels que soient « les votes qui auront lieu dans les jours à venir, la messe ne sera pas dite et nous n’arriverons pas au bout du chemin », a précisé Mme Bregeon, semblant devancer un tel camouflet. Elle a rappelé que le Parlement européen pourrait notamment « saisir la Cour de justice de l’UE » et ainsi « interrompre la procédure d’adoption du Mercosur ».
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tenté mardi un geste pour désamorcer les tensions, en proposant une rallonge budgétaire dans la prochaine politique agricole commune (la PAC 2028-2034) de l’UE, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d’euros dès 2028. Emmanuel Macron a aussitôt « salué » sur X cette annonce de Bruxelles, y voyant « le résultat » de la « mobilisation déterminée » de la France et de son propre « engagement constant » pour les agriculteurs.
Mais il s’est attiré une série de critiques sur le même réseau. « Macron agite le hochet des aides de la PAC pour faire avaler la pilule du Mercosur. Désolé M. Macron, mais ça ne passera pas », a raillé mercredi le député de gauche, ancien LFI, François Ruffin.
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a aussi accusé l’exécutif de vouloir « faire passer pour une victoire le maintien au même niveau des aides de la PAC pour tenter de faire avaler l’accord de libre-échange avec le Mercosur ». « Pas question », « la France doit refuser l’accord », a affirmé le député, rappelant une proposition de résolution de l’Assemblée nationale en ce sens.
Le président du RN, Jordan Bardella, a affirmé soupçonner Emmanuel Macron de « préparer les esprits à une véritable trahison de nos agriculteurs, justifiée par des “garanties” illusoires et des promesses sans lendemain ».