L’épizootie de dermatose bovine illustre les fractures entre les trois principales organisations d’exploitants agricoles : la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) alliée aux Jeunes agriculteurs (JA), la Coordination rurale et la Confédération paysanne.
Une lecture politique simpliste fait de la dernière une organisation « proche de la gauche » et de l’avant-dernière une « proche de l’extrême droite ». Pourtant, s’il y a une organisation politique, c’est bien le couple FNSEA-JA. Elle joue un rôle-clé dans la nomination des ministres de l’agriculture. En 1986, son président, François Guillaume, tout juste nommé ministre, pouvait affirmer que « le territoire français, en raison de son éloignement, a été totalement épargné par les retombées de radionucléides consécutives à l’accident de la centrale de Tchernobyl ». Eric Liégeon, le suppléant à l’Assemblée nationale d’Annie Genevard, actuelle ministre de l’agriculture, est une figure de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Doubs.
Comme première organisation syndicale, la FNSEA bénéficie d’un cadre institutionnel sur mesure. La liste arrivée en tête aux élections des chambres d’agriculture obtient d’emblée la moitié des sièges. Elle est aussi la seule organisation reconnue par l’Etat comme représentative pour les négociations des branches agricoles et aux prud’hommes. Elle a de fait coconstruit le puissant modèle agro-industriel français, productiviste, ultrasubventionné, exportateur et financiarisé. La filière bovine n’y échappe pas, elle est première exportatrice de jeunes bovins destinés à être engraissés (plus de 1 million par an). Elle ne peut qu’adhérer à la stratégie d’abattage intégral des troupeaux et de vaccination ciblée qui préserve son modèle, rejetée par les deux autres organisations. Celles-ci prônent un modèle plus localiste, moins soumis à l’agro-industrie mais s’opposent sur les régulations environnementales.