Les augmentations générales, pour tous les salariés, avaient connu un retour en grâce dans les entreprises pendant la période de forte inflation (2021-2023). Alors que jusqu’à 61 % des entreprises y avaient encore recours en 2025, moins d’un tiers les envisagent désormais pour 2026 (29 %), au profit d’augmentations individuelles, indique une enquête du cabinet WTW, publiée jeudi 8 janvier. Celle-ci compile les réponses de 944 entreprises en France, la plupart filiales de grands groupes ayant leur siège à l’étranger, ou faisant partie du CAC 40 ou du SBF 120 pour la minorité ayant leur siège en France.
« Il y a une normalisation, un retour aux pratiques d’avant l’inflation et la crise sanitaire, souligne Khalil Ait-Mouloud, directeur de l’activité enquête de rémunération chez WTW France. L’inflation étant en baisse, il n’y a plus cette volonté de compenser les pertes de pouvoir d’achat pour tous, mais plutôt de réorienter les budgets vers la récompense des salariés les plus performants, ceux aux compétences critiques ou ceux les plus chassés. »
Dans un contexte géopolitique incertain et de croissance économique faible, « les dernières années ont appris aux entreprises à rester prudentes » et à anticiper « de possibles impacts sur leurs résultats financiers », précise encore Khalil Ait-Mouloud. En 2025, les entreprises reconnaissent ainsi avoir revu à la baisse leurs intentions initiales, en attribuant finalement des hausses de salaire moindres que les budgets envisagés en début d’année (3,1 % attribués contre 3,5 % prévus).
Pour 2026, elles annoncent des budgets globaux au même niveau, à 3,1 %. L’étude de WTW souligne tout de même une nette différence de prévisions entre les entreprises de groupes ayant leur siège en France et les entreprises françaises filiales de groupes étrangers. Pour les premières, les prévisions d’augmentations tombent à 2 % (contre 2,2 % en 2025). Cela montre d’abord une « prudence accrue des groupes nationaux face à une croissance modérée et à une pression persistante sur les coûts », souligne l’étude, mais c’est aussi lié à des avantages « non monétaires », insiste Khalil Ait-Mouloud : « Ces grandes entreprises du CAC 40 ou du SBF 120 disposent d’une renommée importante, proposent un socle social plus complet – une bonne couverture santé par exemple – et semblent offrir une sécurité de l’emploi plus forte que les filiales de groupes étrangers opérant en France. Elles peuvent donc se permettre d’avoir une politique salariale moins agressive. »