Crans-Montana, ou la singulière histoire d’une station suisse huppée traumatisée par la tragédie

Du soleil, beaucoup de soleil, jusqu’à trois cents jours par an. Un versant de montagne orienté plein sud, en surplomb de la vallée du Rhône. Des coteaux garnis de vignobles, puis de bouleaux et de conifères. Un peu plus haut, sur le Haut-Plateau, quelques lacs, sites de promenade aux beaux jours, de glisse en hiver. Et, enfin, sur les cimes, depuis les pistes de ski, un panorama grandiose, ouvert sur une quarantaine de sommets des Alpes, du Cervin au mont Blanc. Un décor de carte postale que cette commune de Crans-Montana, l’une des plus grandes stations de sports d’hiver du canton du Valais, en Suisse.

Un paradis, en quelque sorte, mais un paradis perdu, aux yeux des nostalgiques de la belle époque, de l’après-guerre aux années 1980, au temps où les célébrités fréquentaient à la fois les pistes et les restaurants étoilés. L’éden d’antan est aujourd’hui traumatisé par la tragédie du 1?? janvier, quand un incendie survenu dans un bar de la rue Centrale, Le Constellation, a provoqué la mort de 40 personnes, des jeunes pour la plupart, dont neuf Français, et conduit 116 blessés, souvent des grands brûlés, à l’hôpital. La station alpine est ainsi entrée dans l’histoire suisse comme le théâtre de l’un des pires désastres de ce pays passé maître dans l’art de « ne pas faire parler de lui », observe un habitant de Crans-Montana – ce ressortissant italien, « dévasté » par le drame, a requis l’anonymat, comme la majorité des interlocuteurs que Le Monde a pu rencontrer.

Avant de s’imposer comme une station de sports d’hiver de réputation mondiale, la communauté de communes posée à 1 500 mètres d’altitude a connu un premier essor à la fin du XIX? siècle. A l’époque, le Valais, l’un des trois cantons bilingues (français et allemand) de la Confédération suisse, a déjà entamé son industrialisation, le long du Rhône. Mais, avant l’arrivée des premiers touristes, puis des curistes en quête d’un air plus pur que celui de la plaine, une société paysanne partage encore son temps et ses activités entre la vigne et les pâturages. Le Valais abrite alors une société particulière, où la montagne « confère au montagnard une supériorité sur le peuple de la plaine », écrit l’historienne suisse Sylvie Doriot-Galofaro dans Une histoire culturelle de Crans-Montana (1896-2016) (Ed. Alphil, 2017). Avec sa position géographique, à cheval entre la France et l’Italie, le canton jouit déjà d’une réputation à part en Suisse. Depuis le drame du Nouvel An, une vieille expression resurgit : « Le Valais, c’est la Corse sans les attentats. »

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