Au Musée Picasso de Barcelone, une grande, riche et complexe exposition explore toutes les facettes, jusqu’aux plus récentes, du père Ubu dans ce qui est la plus importante manifestation qui lui fut jamais consacrée. Presque 500 œuvres, dont beaucoup de documents souvent inédits, des raretés (on pense notamment à une assiette en étain gravée successivement par Alfred Jarry, par Alfred Vallette – le directeur de la revue Mercure de France, qui publiera Ubu roi, et dont l’épouse, Rachilde, fut un fidèle soutien de Jarry – et par Paul Verlaine), des tableaux, des gravures, des marionnettes, des vidéos, des allusions diverses au théâtre aussi, un genre que Jarry a su pulvériser.
Pourquoi à Barcelone ? « On ne sait si Jarry et Picasso se sont rencontrés, plaide Emmanuel Guigon, le directeur du musée. Il est certain néanmoins que Picasso, en 1901, a assisté, au Cabaret des Quat’z’Arts, boulevard de Clichy, à Paris, à une représentation d’une version réduite d’Ubu roi pour marionnettes, réintitulée par la suite Ubu sur la butte. L’inventaire des collections de Picasso a révélé que le peintre possédait plusieurs éditions originales et des manuscrits de Jarry. » On dit qu’il connaissait par cœur le texte d’Ubu cocu, dont il détenait l’original.