Ces derniers mois ont vu ressurgir le débat sur les signes religieux dans l’espace public français. Le 22 janvier, dans le cadre de sa niche parlementaire, le groupe Droite républicaine doit défendre à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à « interdire le voilement des mineures dans l’espace public ».
En 2025, plusieurs responsables politiques avaient déjà remis à l’agenda des propositions sur le « voile » [le foulard couvrant les cheveux, ou hijab] cherchant à durcir l’encadrement de sa visibilité dans un contexte de recomposition politique à l’approche des présidentielles. Il ne s’agit toutefois pas d’une simple répétition : ces propositions s’étendent désormais à des espaces jusqu’alors épargnés, notamment l’université, et revêtent une portée plus générale que lors des séquences précédentes.
Dans ce renouvellement du débat, un argument demeure central et s’impose comme une évidence : si une femme porte le voile, c’est qu’elle y est contrainte. Pourtant, lorsqu’on examine attentivement les travaux empiriques produits par les sciences sociales, le tableau apparaît plus complexe, et surtout en décalage avec les diagnostics mobilisés pour justifier ces mesures.
Les enquêtes menées par l’Institut national de la statistique et des études économiques et l’Institut national d’études démographiques – notamment « Trajectoires et Origines » (2008-2009 ; 2019-2020) – permettent d’observer à grande échelle les pratiques religieuses et les trajectoires sociales. Il ressort que l’usage du voile n’implique pas mécaniquement une contrainte masculine ; plusieurs études montrent au contraire que ce choix peut aller à rebours des attentes familiales, voire contre les préférences du conjoint ou des parents.
Certes, les données indiquent que les femmes voilées ont en moyenne davantage d’enfants, moins d’années d’éducation et une participation plus faible à l’emploi. Mais le sens de la causalité ne va pas de soi. L’analyse économétrique de Jacquet et Montpetit montre que les différences ne peuvent être interprétées comme le simple produit de contraintes familiales ou conjugales. Le déterminant principal du port du voile est la religiosité individuelle, tandis que les écarts d’emploi s’expliquent largement par des discriminations sur le marché du travail, comme le confirment par ailleurs les expériences de terrain menées par d’autres économistes.