« L’armée birmane a délibérément ciblé la minorité rohingya dans le but de la détruire. » Les mots sont prononcés, le 12 janvier, par l’avocat général et ministre de la justice de la Gambie, Dawda Jallow, en ouverture des audiences devant la Cour internationale de justice de La Haye, aux Pays-Bas, où la Birmanie est accusée d’avoir violé la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide en visant la minorité rohingya.
Point méconnu et étonnant de l’affaire : c’est bien la Gambie, petit Etat d’Afrique de l’Ouest, qui a saisi la plus haute cour onusienne contre la Birmanie, dès le 11 novembre 2019. « Quand on me demande : “Pourquoi la Gambie ?”, j’aime répondre : “Et pourquoi pas ?” », s’amuse le juriste gambien Abubacarr Tambadou, 53 ans, greffier aux Nations unies et à l’origine de cette initiative.
Il faut remonter à 2018, s’emparer de la biographie de M. Tambadou et s’attarder un peu sur la vie politique gambienne pour comprendre la volonté de Banjul de s’emparer d’un dossier bien éloigné de ses frontières. Après la chute du dictateur Yahya Jammeh (1994-2017), M. Tambadou rentre dans son pays pour être nommé ministre de la justice.